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Les phases du deuil

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La description qui suit est volontairement générale. Les différentes phases du deuil seront traitées plus en détail dans d'autres fiches thématiques.

Toute perte nécessite un temps plus ou moins long d'assimilation. Selon les circonstances, la disparition d'un être cher peut entraîner un état de sidération totale, de paralysie. Il peut s'agir également d'un refus de croire en la réalité de la disparition, malgré des preuves évidentes. Le désarroi se manifeste parfois sous la forme d'une intense agitation ou de comportements inadaptés, comme l'absence apparente de tristesse, qu'on doit éviter de juger négativement.

Après cette phase comparable à un état de choc, la personne endeuillée peut vivre plus ou moins intensément des moments de révolte, d'injustice, d'hostilité, de culpabilité. «Pourquoi lui?», « Pourquoi maintenant?», « Les médecins n'ont pas su le sauver!», « Les autres ne comprennent pas mon chagrin», «Je n'ai pas su l'aimer?». Il peut s'agir également d'une recherche active du disparu sous la forme, par exemple, de documents, d'objets personnels ou parfois l'impression de reconnaître la personne dans la rue.

Le vécu de cette phase nécessite une dépense d'énergie psychique importante. Cependant, c'est grâce à cet épuisement que la personne endeuillée s'abandonnera dans la tristesse et commencera le travail du deuil proprement-dit, phase capitale de son évolution.

Le passage par le chagrin, par la dépression est nécessaire au déroulement du deuil. Dans notre culture et à notre époque, les pleurs et les autres manifestations de la tristesse sont cependant souvent inhibés. La dépression réactionnelle à la perte définitive d'un être cher est pourtant une nécessité. Elle touche l'ensemble de l'individu.

  • Sur le plan physique, la personne endeuillée ressent une fatigue profonde, présente des troubles de l'appétit et du sommeil. Il peut aussi s'agir d'un ralentissement du débit verbal, d'une gestuelle alourdie, de cauchemars, de rêves se répétant à l'identique, d'anorexie ou de boulimie. Parmi les autres conséquences de cette dépression, signalons le désintérêt pour sa propre personne sur le plan de la santé, l'apparition éventuelle de maladies du deuil.
  • Sur le plan affectif, ce qui domine est la profonde tristesse, le repli sur soi et, très souvent également, des sentiments de culpabilité à l'égard du disparu. «Je ne lui ai peut- être pas assez témoigné mon amour, peut-être cela a-t-il précipité son décès?». Cela a comme conséquence un désintérêt pour les actes du quotidien (travailler, manger, se soigner, etc.), comme si on voulait en quelque sorte se punir. Un autre type de manifestation est la versatilité des émotions, tantôt l'agressivité, l'hostilité, tantôt les pleurs incontrôlés et le besoin d'être réconforté. Cette situation déroute considérablement l'entourage, qui ne sait plus comment agir, et accroît davantage l'isolement de l'endeuillé. Cette phase dépressive est surtout marquée par la remémoration continuelle des souvenirs et la prise de conscience progressive que le disparu ne sera plus jamais là.
  • Sur le plan intellectuel, on peut constater des pertes de mémoire, un manque de concentration.

La phase dépressive, pour pénible qu'elle soit, est un passage obligé pour la résolution du deuil. C'est la raison pour laquelle on parle au cours de cette période d'un «travail de deuil». Il s'agit, d'une part, d'un travail psychique douloureux qui mènera progressivement la personne endeuillée vers l'acceptation de l'inéluctable: il n'y aura pas de futur avec la personne disparue. D'autre part, il s'agira de se détacher émotionnellement des souvenirs, heureux ou non. Cela implique un intense et pénible travail de remémoration au cours duquel chaque souvenir donnera lieu à de la tristesse, voire à des sentiments d'hostilité, et à la constatation qu'il s'agit d'un passé irrémédiable.

Le travail du deuil nécessite du temps et ne peut être artificiellement raccourci sous peine d'être réactivé à certaines occasions. C'est pourquoi, il n'est pas possible de prédire la durée d'un travail du deuil. Il faut préciser que ce travail intérieur sur les souvenirs et les émotions peut ne jamais être terminé, bien qu'il ait été approfondi. Les fêtes familiales, les dates anniversaires, un détail parfois peuvent faire resurgir le chagrin des années après le décès. Par ailleurs, on reconnaît que certains deuils sont particulièrement difficiles à résoudre, comme dans le cas de la mort d'un enfant.

Ce travail du deuil peut être entravé. On parle dans ce cas de complications du deuil sur lesquelles nous reviendrons.



Dr. Juan Coulon, Département Education à la santé. Mise à jour : février 1999

 

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