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Morphine par voie orale - Coanalgésiques

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Le choix d'un analgésique dépendra en partie du fait que le patient cancéreux souffre de douleur chronique ou aiguë, ou encore d'une combinaison des deux.

La douleur aiguë chez un patient cancéreux (par exemple, douleur postopératoire, fracture récente, procédure diagnostique douloureuse, soins d'un ulcère de décubitus) peut nécessiter une injection intramusculaire d'un analgésique à relativement courte durée d'action. L'administration ultérieure de l'analgésique peut également se faire "à la demande", parce que l'intensité de la douleur peut évoluer très rapidement.

La douleur cancéreuse chronique exige une toute autre approche: un analgésique à action prolongée, administré à intervalles réguliers, à une dose qui a été progressivement augmentée en fonction de l'intensité de la douleur, est alors indiqué.

L'intensité de la douleur est le principal facteur à prendre en considération lors du choix d'un analgésique. On détermine la sévérité de la douleur en écoutant l'évaluation faite par le patient lui-même et en évaluant le degré de soulagement de la douleur obtenu grâce aux médicaments précédents.

L'estimation de l'espérance de vie ne peut pas influencer le choix d'un analgésique. Indépendamment du stade de la maladie ou du pronostic, un patient cancéreux souffrant d'une douleur sévère doit recevoir un narcotique puissant.

Figure 7. Echelle de douleur de l'OMS

Classification des analgésiques

ANALGÉSIQUES MINEURS = Non narcotiques

? aspirine
? paracétamol
? AINS

ANALGESIQUES MAJEURS =

Narcotiques faibles (agonistes) (niveau 2)

  • codéine
  • dihydrocodéine (Codicontin)
  • dextropropoxyphène (Depronal)
  • tilidine (Valtran)
  • tramadol (Contramal-Dolzam)



Agonistes-antagonistes

  • pentazocine (Fortal)

 

Narcotiques puissants (agonistes) (niveau 3)

  • morphine
  • diamorphine
  • méthadone (Mephenon)
  • bézitramide (Burgodin)
  • hydromorphone
  • oxycodone
  • péthidine

Agonistes-antagonistes

  • buprénorphine (Temgesic)

(narcotique faible-niveau 2)

Tableau 2. Classification des analgésiques

PS. Au sein du groupe des analgésiques non narcotiques à action périphérique, le paracétamol doit avoir la préférence parce qu'il provoque moins d'irritation gastrique et engendre un moindre risque d'hémorragies gastro-intestinales.

Le médecin doit se familiariser parfaitement avec chacun des trois analgésiques de base, chacun correspondant à un niveau de l'échelle de douleur: paracétamol, codéine et morphine, ainsi qu'une ou deux alternatives pour chaque niveau de douleur (que l'on apprendra alors également à bien manipuler).



Comment changer d'analgésique/passer d'un analgésique à un autre?

Lorsqu'un analgésique n'apporte plus un soulagement suffisant de la douleur:

  • On commencera par examiner si l'administration de cet analgésique est répartie à intervalles réguliers sur 24 heures;
  • On contrôlera ensuite si l'intervalle correspond à la durée d'action de l'analgésique (généralement quatre heures);
  • On s'assurera que la dose a été augmentée jusqu'au niveau maximal;
  • ENSUITE SEULEMENT, on envisagera de changer d'analgésique.

    Lors de cette transition, on utilisera une table d'équivalence des doses.
Tableau 3.


Utilisation des analgésiques lors de la douleur cancéreuse

  • Utiliser des agonistes purs en premier choix
    Les agonistes-antagonistes narcotiques présentent une incidence beaucoup plus importante d'effets psychomimétiques tels que dysphorie, agitation, illusions et hallucinations, ainsi que davantage de nausées et de vomissements. L'avantage théorique qu'ils engendrent moins de dépression respiratoire que les agonistes est non significatif lorsque les agonistes sont utilisés de manière optimale.
  • Ne JAMAIS utiliser simultanément des agonistes et des agonistes-antagonistes
    Suite à une liaison et à un blocage des récepteurs aux opioïdes, l'utilisation en alternance de médicaments de ces deux classes ne soulagera absolument pas la douleur et mènera à une perte d'analgésie et à des réactions de sevrage.
  • Ne jamais utiliser non plus deux agonistes simultanément
    Cela n'a guère de sens non plus d'un point de vue pharmacologique d'associer deux narcotiques faibles ou deux narcotiques puissants. Occasionnellement, un patient qui prend régulièrement un narcotique puissant peut également recevoir à la demande un narcotique faible lors de crises de douleur aiguë intermittente. Et même dans ce type de situations, il serait finalement préférable de lui donner une dose supplémentaire du narcotique puissant qui lui est régulièrement administré.
  • Passer d'un narcotique faible à un narcotique puissant lorsque la douleur n'est pas suffisamment soulagée
    Lorsque la douleur n'est pas soulagée par un narcotique faible, administré régulièrement à la dose maximale, associé ou non à un analgésique non narcotique, il est inutile d'encore essayer un autre narcotique faible, mais on passera immédiatement à un narcotique puissant.
  • Utiliser dans la mesure du possible la voie orale
    L'administration orale de narcotiques engendre une analgésie plus reproductible et plus prolongée et évite la toxicité susceptible de se produire lors d'administration par voie parentérale. La voie orale évite également les injections parentérales, permet au patient de continuer à exercer lui-même un contrôle sur ses médicaments et laisse au patient beaucoup plus de mobilité et d'indépendance.
  • Administration répartie sur 24 heures
    La plupart des narcotiques ont un effet analgésique d'une durée de quatre à six heures. Par conséquent, un contrôle adéquat de la douleur lors de douleur cancéreuse chronique exigera l'administration de six (quatre) doses du médicament, régulièrement réparties sur une période de 24 heures. Il est en outre d'une importance capitale de veiller à ce que la douleur ne soit pas à l'origine d'insomnies. Des nuits sans sommeil et remplies de douleur abaisseront encore davantage le seuil de tolérance à la douleur et rendront la douleur encore plus insupportable.
  • JAMAIS "à la demande"
    Une douleur présente de manière continue exige une analgésie continue. L'objectif du traitement est de prévenir la réapparition de la douleur plutôt que de traiter à nouveau cette douleur chaque fois qu'elle apparaît. Cette anticipation brise le cercle vicieux "douleur-désespoir-douleur encore plus intense" qui est à la base d'une escalade de la dose.
    Attendre que la douleur réapparaisse, comme cela se fait lors de l'administration d'un analgésique "à la demande", lorsque le patient le réclame, est illogique et cruel; cela ne fait qu'entretenir l'angoisse et le souvenir de la douleur. La base du contrôle de la douleur doit être une administration régulière selon un schéma fixe, en principe toutes les quatre heures. L'administration à la demande ne peut être conservée que pour les "crises de douleur aiguë".
  • Déterminer individuellement la dose / l'ajuster en l'augmentant progressivement
    Il n'existe pas de dose standard ou d'intervalle de doses pour les narcotiques lors de douleur cancéreuse. On observe des variations considérables entre individus en ce qui concerne l'efficacité analgésique. La dose correcte d'un analgésique est celle qui apporte un soulagement de la douleur pendant au moins trois heures et, si possible, quatre heures ou davantage. Lorsque, au cours des différentes phases de la pathologie, la douleur évolue et varie, il est en outre nécessaire d'adapter la dose de narcotique en fonction de l'intensité de la douleur.
    Les doses "conseillées" telles qu'elles dérivent des études concernant la douleur aiguë et portant sur des doses uniques administrées par voie intramusculaire ne sont pas applicables à la douleur cancéreuse chronique. Les doses de pratiquement tous les narcotiques puissants (à l'exception de la mépéridine et des agonistes-antagonistes) peuvent être augmentées quasi indéfiniment et de manière pratiquement illimitée sans que l'on ne parvienne à un effet plafond ou à un effet plateau d'activité maximale de l'analgésique.
  • Ne pas oublier les autres médicaments
    L'ajout d'un second médicament qui soulage la douleur par un mécanisme différent est préférable à l'augmentation continuelle de la dose de narcotique.
    Ainsi, lors de douleur osseuse ou d'autres douleurs où l'on suspecte une intervention de l'inflammation ou des prostaglandines, l'association d'aspirine ou d'AINS à un narcotique constitue une combinaison logique.
    D'autres médicaments peuvent soulager la douleur de manière indirecte, en prévenant les effets secondaires des narcotiques, tels que constipation ou nausées, ou en supprimant d'autres symptômes associés au cancer, tels que toux, insomnies ou anxiété.
  • Garder toujours à l'esprit que les narcotiques font partie d'un plan de traitement global
    Enfin, nous répéterons ici une fois encore que les narcotiques, en dépit du caractère essentiel de leur rôle et de leur importance pour un contrôle efficace de la douleur, ne constituent malgré tout qu'une partie d'une approche et d'une prise en charge globales, holistiques du contrôle de la douleur, en association avec les traitements spécifiques contre le cancer, les mesures non médicamenteuses et le soutien et la guidance sur le plan psychosocial.

I. Morphine par voie orale

La grande majorité des patients souffrant de douleur cancéreuse chronique modérée à sévère peuvent être efficacement contrôlés par un schéma régulier d'administration de morphine par voie orale. La morphine par voie orale ne doit pas être réservée au stade terminal. La morphine est un analgésique sûr et bien toléré, qui agit efficacement pour le traitement de la douleur cancéreuse à tous les stades de la maladie.

  • Soit chlorhydrate de morphine: en sirop, on peut y ajouter un correcteur de goût
    par exemple:
    R/ Morphine HCl cinq milligrammes/millilitre
    Sirop de fleur d'oranger QS
    Préparer trois cent millilitres de ce sirop;
  • Soit sulfate de morphine:
    MS-Contin = comprimés à libération prolongée
    ayant une durée d'action de 12 heures
    10, 30, 60 et 100 mg

Le sulfate et le chlorhydrate de morphine sont des formes salines qui, en pratique, peuvent être utilisées indifféremment.

Le traditionnel cocktail de Brompton (contenant de la cocaïne et de l'eau de chloroforme) ne sera de préférence plus du tout utilisé parce que l'augmentation de la dose de morphine induit également une augmentation de la dose de cocaïne, ce qui a pour conséquence, chez un grand nombre de patients, de l'agitation, de la nervosité et de la confusion.

La demi-vie sérique de la morphine dépend de variations individuelles lors de l'absorption gastro-intestinale, la désactivation au niveau du foie, la distribution au sein de l'organisme, le métabolisme et l'excrétion. Mais la durée de l'analgésie après une certaine dose de morphine devra, par approximation, toujours atteindre quatre heures.

Si la douleur réapparaît trois heures après une administration, on ne modifiera pas le schéma pour administrer une dose toutes les trois heures, mais on augmentera la dose en conservant le schéma d'administration d'une dose toutes les quatre heures.

La dose initiale de morphine par voie orale dépendra de facteurs comme la dose totale du précédent analgésique, la fréquence et la sévérité des crises douloureuses, l'âge et le poids du patient et la nécessité ou non de prévenir la cachexie.

La dose d'attaque habituelle est de 10 mg toutes les quatre heures. Les patients qui utilisaient auparavant un narcotique faible comme la codéine peuvent éventuellement démarrer avec 5 mg de morphine.
Si l'on utilisait auparavant des doses régulières d'un autre narcotique puissant comme par exemple le Temgesic, une dose initiale de 15 mg, voire davantage, sera alors nécessaire. Chez les personnes âgées, les patients affaiblis et ceux qui présentent une altération de la fonction rénale, la dose initiale doit être réduite. Ainsi, chez les personnes âgées, on essaiera une dose d'attaque très faible, de l'ordre de 2,5 à 5 mg, afin de réduire le risque de vertiges et de démarche incertaine. Les enfants de moins de cinq ans recevront une dose d'attaque correspondant à 1/4 à 1/3 de la dose préconisée chez les adultes et les enfants de cinq à douze ans, 1/2 à 1/3 de la dose préconisée chez les adultes, mais on constate souvent que les enfants ont finalement besoin d'une augmentation de la dose jusqu'à atteindre la dose préconisée chez les adultes.

Lorsque la douleur n'est pas soulagée par cette dose d'attaque ou lorsque la douleur réapparaît avant la fin de l'intervalle de quatre heures, on augmentera la dose suivante, généralement de 50 à 100%. Si la dose initiale contrôle la douleur, mais engendre en même temps une forte somnolence, on réduira alors la dose suivante, généralement de 50 à 25%.

Plusieurs jours d'une telle augmentation très progressive de la dose peuvent ainsi être nécessaires avant que la douleur ne soit parfaitement contrôlée durant chaque période de quatre heures avec un minimum d'effets secondaires.

Chaque fois qu'une modification se produit dans la cause et l'origine de la douleur (par exemple, apparition de nouvelles métastases, fracture, ...), un nouveau processus d'ajustement progressif de la dose sera nécessaire.

Aussitôt que l'on est parvenu à un bon contrôle, on peut passer d'une administration régulière toutes les quatre heures à la forme à durée d'action prolongée, le MS-Contin, avec une administration toutes les douze heures. La quantité totale de morphine par 24 heures demeurera inchangée et sera, par conséquent, répartie en deux prises. Cela simplifie grandement la prise des médicaments.

Chez les patients souffrant de douleur modérée à sévère, la prise en charge et l'approche les plus appropriées sont une augmentation graduelle, progressive de la dose de morphine par voie orale, jusqu'à ce que la douleur soit parfaitement contrôlée. Mais en présence d'une douleur intolérable, qui prive le patient de sommeil et engendre chez lui le désespoir, on démarrera avec des doses beaucoup plus élevées, même si celles-ci produisent de la somnolence.
Une fois la douleur soulagée, on pourra réduire progressivement la dose de morphine jusqu'à disparition de la sédation ou, du moins, jusqu'à forte réduction de celle-ci.

Un patient souffrant de douleur chronique devra néanmoins bien souvent dormir en dépit de sa douleur. Le fait qu'il parvienne à dormir ne signifie pas nécessairement que la douleur est sous contrôle. En début de traitement, il faudra réveiller le patient et lui administrer sa dose, jusqu'à ce que la douleur demeure bien contrôlée pendant deux à trois jours et que la confiance du patient soit rétablie. Ensuite, on pourra administrer une plus forte dose au moment du coucher (deux fois la dose habituelle administrée toutes les quatre heures), associée ou non à un somnifère. De cette manière, on permettra à un maximum de patients de dormir sans avoir mal pendant la nuit. Les patients qui nécessitent des doses plus élevées de morphine (supérieures à 60 mg) doivent généralement être réveillés la nuit pour prendre leur médicament afin de leur éviter d'avoir mal le matin.

La plupart des patients parviennent à un contrôle efficace de la douleur avec une dose de 5 à 30 mg toutes les quatre heures. Mais certains patients ont besoin de plus fortes doses. Il n'y a pas de dose maximale, il existe des patients qui ne parviennent à un contrôle efficace de la douleur qu'avec une dose de, par exemple, 150 mg ou 200 mg de morphine. Finalement, la dose maximale sera déterminée par les éventuels effets secondaires.

Occasionnellement, il peut arriver que la douleur refasse une poussée durant l'intervalle de quatre heures entre les doses de morphine régulièrement administrées. Cela peut être la conséquence soit d'une douleur secondaire aiguë, par exemple lors de la toilette et d'un changement de vêtements, de spasmes des muscles volontaires ou des muscles lisses ou d'une exacerbation de la douleur chronique (suite à la progression de la tumeur).

Si cela se produit, on administrera une dose supplémentaire de morphine par voie orale (ou, en cas de douleur particulièrement sévère, une injection intramusculaire peut s'avérer nécessaire). Mais si cette crise douloureuse commence à se reproduire fréquemment, les doses régulières toutes les quatre heures devront être augmentées ou les doses spécifiques au moment du pic d'activité devront être augmentées (par exemple, augmentation des doses en milieu d'après-midi pour soulager la douleur d'une promenade plus longue).

Si la morphine n'apporte pas un soulagement complet de la douleur, on envisagera les facteurs suivants:

  • La dose de morphine doit-elle être augmentée?
  • S'agit-il d'une douleur qui ne réagit pas du tout ou ne réagit que partiellement à la morphine? (par exemple, douleur neuropathique)
  • Un coanalgésique est-il nécessaire?
  • Faut-il adopter des mesures non médicamenteuses?
  • Y a-t-il une mauvaise observance du traitement? (patient vivant seul? angoisse? malentendu?)
  • La solution de morphine est-elle effectivement avalée ou est-elle recrachée, expectorée ou vomie?
  • Est-il nécessaire d'accorder une attention particulière aux composantes psychologiques, sociales et/ou spirituelles de la douleur?


Prise en charge des effets secondaires de la morphine


Constipation
Lorsqu'elle ne fait pas l'objet d'une surveillance et d'une prévention attentives, la constipation peut devenir aussi difficile à contrôler que la douleur elle-même. La morphine se lie à certains récepteurs au niveau du tractus gastro-intestinal, d'où une réduction du péristaltisme et une diminution des sécrétions. Chez les patients cancéreux, ce problème est encore aggravé par une moindre absorption de liquides, par une réduction de l'exercice physique et par une consommation de nourriture réduite ou absente.

La constipation survient chez 95% des patients à qui l'on administre de la morphine.

 

HYGIÈNE DE LA DÉFÉCATION CHEZ LES PATIENTS RECEVANT DES NARCOTIQUES

 

  • Examiner les habitudes antérieures en matière de défécation et l'utilisation de laxatifs.
  • Noter quotidiennement les selles émises.
  • Toucher rectal pour exclure la rétention ou la présence de masses fécaloïdes (lors de diarrhée ou d'incontinence fécale, on exclura également de cette manière l'incontinence par débordement).
  • Encourager autant que possible le patient à boire de l'eau, des jus de fruits, à consommer des fruits et des légumes.
  • Donner des médicaments destinés à ramollir les selles (par exemple Normacol, Fibrofalk, ...).
  • Si tout cela s'avère insuffisant, on peut administrer un laxatif de contact (par exemple Senna, Wylaxine, ...) ou une association (par exemple Softene = docusate sodique + Dantron). Il est nécessaire d'adapter la dose.
  • Si ces mesures sont inefficaces, on essayera des suppositoires, par exemple de glycérine ou de bisacodyl (Dulcolax). Ici aussi, la dose devra être ajustée.
  • Si les suppositoires ne suffisent pas, on administrera un lavement phosphaté (Fleet) ou un lavement d'eau savonneuse.
  • Une surélévation du siège des toilettes, un support pour les pieds, des poignées, ... permettent d'améliorer le confort et d'atténuer le handicap pratique lors de la défécation.
  • On évitera de préférence les laxatifs de lest (par exemple Fibogel, Natu-
    vit, ...) lorsque l'absorption de liquides est fortement réduite.


 

Tableau 4.

Nausées/Vomissements
La morphine peut induire des nausées et/ou des vomissements, cela par trois mécanismes distincts:

? stimulation de la zone d'excitation des chimiorécepteurs médullaires;
? ralentissement de la vidange gastrique par un effet direct sur le tractus gastro-intestinal;
? augmentation de la sensibilité vestibulaire.

Le goût de la solution de morphine orale, l'anxiété associée à l'instauration d'un traitement par la morphine et les autres formes d'angoisse peuvent également contribuer à cet effet secondaire.

Lorsque l'on entame un traitement à la morphine, il faut également lui adjoindre l'administration régulière d'un antiémétique.
Généralement, le risque de nausées et/ou de vomissements diminue une à deux semaines après le début du traitement, de sorte que l'on peut alors réduire progressivement, voire supprimer l'antiémétique.

TRAITEMENT DES NAUSÉES/ VOMISSEMENTS INDUITS PAR LA MORPHINE

Stimulation de la zone d'excitation des chimiorécepteurs: chlorpromazine 25 à 50 mg trois fois par jour (= Largactil); halopéridol 0,5 à 1 mg deux fois par jour (= Haldol)
Stase gastrique ou ralentissement de la vidange gastrique: métoclopramide 10 mg quatre fois par jour (= Primperan)
Stimulation vestibulaire: dimenhydrinate 100 mg quatre fois par jour (= Dramamine, Paranausine) ou autres antihistaminiques ou cyclizine
Tableau 5.

Vertiges/Abrutissement/Somnolence
Une sédation transitoire peut se manifester au début d'un traitement par la morphine. Il s'agit en partie de la conséquence d'un effet direct du médicament sur le système nerveux central, mais l'épuisement et le manque de sommeil consécutifs à la douleur chronique constituent également des facteurs importants susceptibles de jouer un rôle. Lorsque la douleur est finalement soulagée, le patient peut alors dormir durant de longues périodes. L'abrutissement et la somnolence diminuent généralement deux à cinq jours après que l'on a atteint une dose d'équilibre.

Une somnolence persistante peut indiquer une diminution du besoin de morphine ou que le moment est venu de passer à un coanalgésique moins sédatif. La sédation peut également être un signe de la progression de la maladie et n'est pas toujours un effet secondaire du traitement.

Ce sont surtout les patients âgés qui doivent être avertis du risque de vertiges et de troubles de l'équilibre consécutifs à une hypotension posturale et, chez ceux-ci, un ajustement encore plus prudent de la dose est nécessaire.

Confusion
De la confusion, de la dysphorie, des illusions et des hallucinations peuvent apparaître ou s'aggraver sous morphine. Mais la confusion chez les patients cancéreux souffrant de douleur peut tout aussi bien être la conséquence de métastases cérébrales, d'une insuffisance hépatique, rénale ou respiratoire ou d'autres altérations métaboliques associées ou consécutives à la progression de la maladie.

Rétention urinaire
La morphine induit une contraction du sphincter vésical, une élévation du tonus du muscle détrusseur et un abaissement de la réponse centrale aux stimuli en provenance de la vessie. Chez certains patients, cela peut aboutir à une rétention urinaire.


Autres voies d'administration de la morphine

La voie d'administration préférentielle des analgésiques chez les patients cancéreux sera toujours la voie orale. Néanmoins, il peut y avoir ou apparaître des circonstances lors desquelles cela devient difficile, voire impossible. Nous pensons par exemple aux situations suivantes:

  • patients fortement affaiblis, cachectiques, qui éprouvent des difficultés à avaler;
  • difficultés de déglutition dues à la croissance tumorale lors de tumeur oto-rhino-laryngée, de carcinome de l'œsophage;
  • nausées et vomissements prononcés, difficiles à contrôler.

Il peut alors s'avérer indispensable d'opter pour une voie d'administration autre que la voie orale pour administrer l'analgésique. Les possibilités dont on dispose alors sont l'administration rectale, sous-cutanée, transcutanée, épidurale et intrathécale.

Les voies intramusculaires et intraveineuses sont à éviter parce qu'elles sont trop pénibles pour le patient.

La morphine peut parfaitement être administrée par voie rectale, sous forme de suppositoires, mais cette méthode semble peu populaire chez nous; le MS-Contin peut également être aisément administré par voie rectale.

Lors d'administration sous-cutanée, on fera usage de pompes assurant une administration continue du médicament sur une période de 24 heures. Ce type de systèmes peut aller d'un simple contrôleur d'injection à des pompes informatisées nettement plus sophistiquées. Pour le patient, il s'agit d'une méthode peu gênante, qui permet, outre l'analgésique (par exemple de la morphine) d'administrer également d'autres médicaments comme la métoclopramide (Primperan), le midazolam (Dormicum) et le bromure de butylhyoscine (Buscopan), cela en une seule injection.

La voie transcutanée est une autre alternative récente. Ici, le fentanyl (un autre opioïde comparable à la morphine) est résorbé de manière continue au départ d'un emplâtre appliqué sur la peau et amené dans la microcirculation. Cet emplâtre ne doit être remplacé que toutes les 72 heures et assure une analgésie continue pendant toute cette période. Il s'agit donc d'une voie d'administration extrêmement simple, qui contribue à améliorer l'autonomie et la qualité de vie du patient cancéreux. Les emplâtres transcutanés de fentanyl demeurent réservés aux patients souffrant de douleur cancéreuse qui reçoivent déjà de la morphine (donc un analgésique de niveau 3 selon l'échelle de douleur de l'OMS); ils ne sont pas destinés aux douleurs aiguës, parce que les taux sanguins de fentanyl n'augmentent que très lentement. Il est donc important, lors de douleur aiguë, par exemple en cas d'une crise douloureuse, d'y ajouter de la morphine à action rapide (sous forme de sirop par exemple).

Drug Route Equivalent dose (mg) Duration (hr) Comments
Morphine SC
Oral
10
30
3-4
3-4
Standaard for comparision
Codeine Oral 200 2-4 Usually combined with a non-opioid
Oxycodone Oral 20 2-4 Used for Step 2 with a non-opioid
Used for Step 3 as single agent
Hydromorphone SC
Oral
1.5
4.5
2-4
2-4
Diamorphine SC 5.0 3-4
Tableau 6.

II. Coanalgésiques

Certaines douleurs ne réagissent donc pas ou peu à la morphine: douleurs osseuses, maux de tête de tension, maux de tête consécutifs à une surpression intracrânienne par une tumeur cérébrale, névralgie postherpétique, douleur neuropathique, spasme musculaire, dilatation gastrique, décubitus, douleurs liées à l'activité (douleur osseuse ou compression nerveuse), douleur ténesmoïde (rectum ou vessie), notamment.

Pour ces types de douleur, on utilisera donc des médicaments ayant un effet favorable démontré sur certaines de ces douleurs. Ils seront dès lors administrés en association avec les analgésique classiques: c'est ce que l'on nomme les COANALGÉSIQUES.

En voici quelques exemples:


Douleur osseuse

Anti-inflammatoires non stéroïdiens, par exemple  naproxène (Naprosyne) (375 à 500 mg toutes les 8 à 12 heures) ou indométhacine (Indocid) (25 à 50 mg toutes les 6 à 8 heures ou piroxam (Feldene) (20 mg toutes les 24 heures)

Douleur par compression nerveuse Corticostéroïdes, par exemple dexaméthasone trois fois 8 mg, à réduire à la plus faible dose efficace lorsque, après quelques jours, le succès est évident; à cesser immédiatement si aucune amélioration ne se manifeste après quelques jours
Douleur neuropathique, ayant un caractère brûlant, superficiel dysesthésique Antidépresseurs
par exemple:
amitryptiline (= Redomex)
doxépine (= Sinequan)
dosulépine (= Prothiaden)

Antiépileptiques
par exemple:
carbamazépine (= Tegretol)
Douleur neuropathique, ayant un caractère intermittent, lancinant ou tiraillant Antiépileptiques
par exemple:
carbamazépine (= Tegretol)
ou phénytoïne (= Diphantoïne)
Douleur consécutive à une infiltration et à une occlusion des vaisseaux sanguins Traitement anticoagulant
Coliques intestinales par subobstruction Corticostéroïdes

Spasmolytiques
(par exemple Buscopan)

Anticholinergiques
(par exemple scopolamine)
Douleur par infiltration viscérale et des tissus mous Corticostéroïdes (à faibles doses)

Spasmolytiques (Buscopan)

Diurétiques
(composante œdémateuse)
Maux de tête par élévation de la pression intracrânienne Corticostéroïdes
Douleur par tension au niveau de la capsule hépatique Corticostéroïdes

Anti-inflammatoires non stéroïdiens

Douleur lors d'œdème lymphatique Bas de compression + diurétiques
+ corticostéroïdes

Spasmes musculaires Relaxants musculaires comme le diazépam (Valium), dantrolène sodique (Dantrium), Myolastan
Ténesme Chlorpromazine (= Largactil) à faibles doses, par exemple 10 à 25 mg 3 à 4 fois par jour
Douleur et dépression Antidépresseurs tricycliques
Douleur et anxiété Benzodiazépines
Tableau 7.

Pour les douleurs neuropathiques, on utilise à présent également les anti-arythmiques de classe 1 comme la flécaïnide (= Tambocor) et la mexilétine (= Mexitil).

Les corticostéroïdes sont très fréquemment utilisés comme analgésiques lors de douleur cancéreuse. Ils trouvent des applications lors d'augmentation de la pression intracrânienne, de compression nerveuse, d'hépatomégalie, de tumeurs de la tête et du cou, de tumeurs intrapelviennes, de tumeurs rétropéritonéales, d'œdème lymphatique et d'arthralgies métastatiques.

DOSE

METHYLPREDNISOLONE

DOULEUR

FAIBLE 8 à 16 mg par voie orale 2 à 3 fois par jour infiltration des tissus mous
MOYENNE 16 à 32 mg par voie orale 2 à 3 fois par jour compression nerveuse
distension viscérale
œdème lymphatique
ÉLEVÉE 16 à 48 mg par voie orale 3 à 4 fois par jour élévation de la pression intracrânienne


Les corticostéroïdes permettent également de stimuler l'appétit et d'améliorer l'état d'esprit en général. Pour cette indication, ils ne sont recommandés qu'en phase préterminale. Les corticostéroïdes présentent en effet de nombreux effets secondaires potentiels (rétention d'eau, activité catabolique, dérèglement du métabolisme du glucose, myopathie survenant après quelques mois, risque accru d'infections, risque de candidose et d'infections herpétiques). En outre, leur effet sur l'appétit ne dure qu'environ trois semaines. On n'instaurera donc pas trop tôt un traitement aux corticostéroïdes chez un patient cancéreux, en tout cas pas lorsqu'il existe des alternatives.

D'autre part, les corticostéroïdes sont extrêmement importants en présence de syndromes douloureux qui sont la conséquence d'une infiltration de la tumeur à l'intérieur des organes creux (comme par exemple lors de douleur par infiltration urétérale).

Au cours de la phase terminale, les stéroïdes permettent donc également d'améliorer l'appétit et le moral en général.

 

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