La teinture de cheveux et cancer : usage privé ou professionnel ?

Les teintures pour les cheveux utilisées actuellement contiennent naturellement des colorants. Ceux-ci sont généralement considérés comme un facteur de risque, du moins en ce qui concerne certains cancers. Il faut cependant faire une distinction claire entre l’usage privé et l’usage professionnel.

D’après des études récentes, l’utilisation privée ne comporterait pas de risques, au contraire du contexte professionnel. Par ailleurs, les produits qui viennent d'arriver sur le marché nécessitent un complément d'analyse pour connaître leurs effets possibles à long terme. Si la question vous préoccupe, mieux vaut, dans la mesure du possible, éviter les teintures jusqu’à nouvel ordre.

Types de colorations

Les colorations pour les cheveux se classent suivant leur composition et la durée de leur action.

Action durable. Ce sont les colorants le plus souvent utilisés en Europe et aux États-Unis. Appelés ‘produits oxydants’, ils sont connus depuis les années 1940. On les trouve sous différentes formes (liquide, gel, poudre en solution aqueuse ou alcoolique). Ils contiennent des substances qui réagissent au peroxyde d'oxygène.

Action semi-durable. Ces produits étaient en vogue dans l’Europe des années cinquante ainsi qu’aux États-Unis dans les années soixante. Sans substances oxydantes, ils ne pouvaient éliminer la couleur naturelle du cheveu. La teinture disparaissait après six ou sept shampooings. Seule la surface du cheveu absorbait la couleur.

Action de courte durée. Les coiffeurs emploient peu ces produits, qui s’éliminent avec un shampooing. Ils sont fabriqués à base de colorants acides ou basiques solubles dans l'eau. La couleur se dépose sur le cheveu sans y pénétrer.

Colorations à usage domestique

Les colorations capillaires, utilisées à long terme,  augmentent-elles le risque de cancer ? Il est difficile de répondre clairement à cette question. La Food and Drug Administration américaine estime que le risque n’est pas du tout établi. D’après les experts de la FDA, les produits actuellement sur le marché sont strictement contrôlés, et les études indépendantes ne révèlent aucune différence de pourcentage entre les personnes cancéreuses qui ont utilisé des colorations et les autres.

L’International Agency for Research on Cancer (IARC) appuie cette conclusion. Elle estime que l’usage domestique des teintures pour cheveux ne peut être considéré comme cancérigène chez l'être humain.

L’exposition professionnelle aux colorants ne va pas sans risques

Aux États-Unis et en Europe, on estime à 2 millions le nombre de coiffeurs professionnels en activité, dont 80 à 85 pour cent de femmes. Ces personnes sont régulièrement exposées à une variété de produits potentiellement toxiques. De nombreuses études ont donc été menées pour tester l’hypothèse d’un risque accru de développer certains cancers.

La pathologie la plus étudiée dans ce contexte est le cancer de la vessie. Il faut en rechercher les raisons à la fin des années 1970. À l'époque, l’utilisation de colorants jouait déjà un rôle dans le développement de ce cancer chez les travailleurs du secteur des pigments et colorants. Depuis le début des années 1980, la composition des colorants a fortement changé.

Augmentation du risque de cancer de la vessie

L’International Agency for Research on Cancer (IARC) a recensé plus de 5.000 produits utilisés par les coiffeurs professionnels. En 1993, l’agence est arrivée à la conclusion qu’une exposition répétée était probablement cancérigène pour l’homme.

La plupart des études révèlent un risque très accru de cancer de la vessie chez les coiffeurs masculins. Ce risque supplémentaire ne peut être entièrement imputé au tabac, qui intervient aussi dans l'apparition du cancer de la vessie. En effet, on n'observe pas d'augmentation parallèle des cancers du poumon. L’augmentation du risque serait liée à une exposition antérieure, plus précisément aux brillantines à base d’amines aromatiques (surtout le paradiméthylaminobenzène). Le risque n’est pas significatif chez les coiffeuses.

Les données manquent en ce qui concerne d’autres cancers (poumons, ovaires, lymphome). Lorsque les études existent, les résultats contradictoires ne permettent pas de conclure.

Conclusion

  • Certains produits sont aujourd’hui interdits, mais de nouvelles substances sont mises sur le marché. Ces produits doivent être examinés sous l’angle de leur éventuel effet cancérigène. Il faut communiquer les conclusions des études aux usagers, y compris aux consommateurs.
  • Les coiffeurs professionnels doivent être sensibilisés à la nécessité de respecter les règles d’utilisation et de prendre les mesures de protection nécessaires.

Pour en savoir plus

  • European Journal of Cancer Prevention, Epidemiological evidence on hair dyes and the risk ofcancer in humans, La Vecchia C. et al
  • Les cancers professionnels, tome 2, Pairon J.-C. et al, Editions Margaux Orange, 2001. Mise  jour: février 2008

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