nouveau rapport international: la Belgique mal classée pour sa politique antitabac

Tobacco_control_scale_2017Jeudi, 23 Mars 2017

La Belgique chute sur la Tobacco Control Scale

23 mars 2017 – La Belgique tombe de la 13ème (2013) à la 17ème place (2017) de la Tobacco Control Scale (TCS). Ce classement qui fait autorité compare les politiques antitabac menées dans 35 pays européens. Les résultats pour 2016 viennent d’être présentés à la European Conference on Tobacco or Health. Cette « grand-messe » européenne de la lutte contre le tabac se déroule actuellement à Porto. Les pays les mieux classés doivent leur bonne position à une approche globale de la problématique tabac. Un domaine dans lequel la Belgique reste à la traîne, même s’il est encore possible d’inverser cette tendance durant la législature actuelle. La Fondation contre le Cancer demande donc aux autorités de faire des efforts supplémentaires afin que la Belgique redevienne un modèle en matière de lutte contre le tabagisme.

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Qu’est-ce que la Tobacco Control Scale ?
La TCS est une échelle qui mesure les progrès réalisés dans 6 directions définies par la Banque mondiale. Appliquées ensemble, ces mesures constituent une politique antitabac efficace :

  • augmentation des prix ;
  • interdiction de fumer dans les lieux publics et professionnels ;
  • budget prévu pour des campagnes de prévention et d’information vers les consommateurs ;
  • interdiction de la publicité ;
  • avertissements sanitaires sur les produits du tabac ;
  • aide à l’arrêt tabagique.

La mise en application de mesures dans chacun de ces domaines permet aux différents pays d’obtenir des points et, ainsi, de les classer sur l’échelle TCS. Les différents pays peuvent ainsi être comparés sur des bases objectives. 

La politique antitabac belge : faire du sur-place, c’est reculer
Avec 49 points sur 100, la Belgique fait partie des pays qui ratent la cible en matière de lutte contre l’épidémie de tabagisme. En ne prenant pas de nouvelles initiatives, elle recule dans le classement. Les pays du top 5 (Royaume Uni, Irlande, Islande, France et Norvège) doivent leurs bons résultats à la mise en place ou à la poursuite de politiques globales en matière de contrôle du tabac.

Quelques avancées valent tout de même à notre pays des points supplémentaires. C’est le cas de l’interdiction de fumer au travail (+2 points) et de l’apposition d’avertissements sanitaires plus grands sur les produits du tabac (+ 1 point). Notons que ce dernier point n’est ni plus ni moins que la mise en application d’une directive européenne. Et, malheureusement, ce progrès minime est contrecarré par une baisse des budgets alloués aux campagnes de prévention tabac (- 1 point).

Des gestes forts peuvent inverser la tendance durant cette législature 
Le tabac cause 15 000 décès prématurés par an en Belgique. Les dépenses engendrées s’élèvent à la somme astronomique d’environ 13 milliards d’euros par an ! Ce montant a été calculé dans le cadre de l’étude SOCOST, qui s’est penchée sur le coût social des drogues légales et illégales en Belgique.

La législature actuelle peu encore renverser la vapeur, à condition de prendre des mesures fortes visant à contrer l’épidémie de tabagisme. Il est tout à fait possible de remonter dans la TCS. Pour cela, il faut d’une part que le plan antitabac de la ministre De Block soit appliqué et, d’autre part, que les nouvelles propositions de lois présentées le 7 mars lors de la Commission Santé publique de la Chambre soient approuvées :

 

  • Introduire les paquets neutres permettrait de gagner 4 points. Cette mesure est déjà effective dans 6 pays européens : Royaume Uni, France, Irlande, Hongrie, Norvège et Slovénie.
  • Compléter l’introduction des paquets neutres par une interdiction totale de toute forme de publicité dans les points de vente rapporterait également 4 points.
  • L’interdiction de fumer dans les voitures en présence de mineurs vaudrait quant à elle 1 autre point supplémentaire.

Si, en plus, les autorités fédérales augmentaient substantiellement le prix du tabac, la Belgique pourrait même prétendre rejoindre le peloton de tête européen.

Refaire de la Belgique un créateur de tendance
La Fondation contre le Cancer demande instamment aux pouvoirs publics de suivre ces recommandations et d’arrêter de tergiverser. La population est du même avis : elle soutient largement la mise en place de mesures antitabac efficaces (voir les résultats de notre dernière enquête tabac). Dans le passé, la Belgique a joué un rôle précurseur dans ce domaine. Nous fûmes, par exemple, le premier pays européen à avoir utilisé des photos dans les avertissements sanitaires ; ou à avoir imposé la mention du numéro d’un service d’aide à l’arrêt – Tabacstop – sur tous les paquets de cigarettes.

«Il est temps de gravir à nouveau les échelons de  la Tobacco Control Scale. Cela fait une dizaine d’années que nous régressons dans le classement. En ne faisant rien, ou pas assez, ce sont les producteurs de tabac qui sortent gagnants. Et c’est au détriment de la qualité de vie – et de la vie tout court – de nombreux citoyens. Le gouvernement actuel a encore le temps et les moyens de refaire de la Belgique un exemple, en mettant en place une politique antitabac qui protège les citoyens et les enfants » selon le Dr Didier Vander Steichel, directeur de la Fondation contre le Cancer.

Les meilleures mesures antitabac révélées par la TCS 2016 :

  • Allouer au minimum 2 euros par habitant et par an à des campagnes de prévention tabac.
  • Empêcher l’intervention de l’industrie du tabac dans les politiques de santé publique.
  • Augmenter significativement la charge fiscale et supprimer les différences entre cigarettes ‘classiques’ et tabac à rouler.
  • Étendre la réglementation relative à l’interdiction de fumer, y compris dans les véhicules en présence de mineurs.
  • Introduire les paquets neutres.
  • Interdire la publicité dans les points de vente.
  • Mettre en place une politique d’aide au sevrage plus ambitieuse.
  • Ratifier le Protocole de lutte contre le commerce illégal du tabac.
  • Investir dans des études visant à mesurer l’efficacité de la politique antitabac.