Pourquoi les cigarettes doivent être plus chères ?

Vendredi, 28 Avril 2017

 

Le prix des cigarettes doit augmenter significativement.

L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a fixé des objectifs afin de faire reculer l’épidémie de tabagisme. Si la Belgique veut les atteindre, le prix des cigarettes doit doubler d’ici 2025. L’OMS veut que le nombre de fumeurs dans le monde ait baissé de 30 % en 2025 par rapport à 2010. Avec les mesures de prévention tabac actuellement prises dans notre pays, nous ne parviendrons pas à remplir cet objectif. C’est d’autant plus préoccupant que l’on compte chaque année, en Belgique, environ 15 000 décès prématurés dus au tabac. 

Selon un rapport de l’OMS et du groupe Economic and Health Policy Research (American Cancer Society), le prix du paquet devrait atteindre au moins € 12,50 en 2025 si nous voulons accélérer la tendance à la baisse du nombre de fumeurs dans notre pays. L’augmentation du prix est la mesure de prévention la plus efficace parmi toutes les mesures existantes.

L’évolution du prix des cigarettes

Comment a évolué le prix d’un paquet de Marlboro de 20 cigarettes au cours de les dernières décennies ? En janvier 1971, il coûtait 20 BEF (Francs Belges). Moi, Suzanne Gabriels, aujourd’hui experte tabac pour la Fondation contre le Cancer, n’avais que 5 ans, un peu jeune pour expérimenter. Dix ans plus tard, en 1981, le même paquet coûtait 42 BEF. J’avais 15 ans, et des copines me proposaient pour la première fois de goûter au fruit défendu. En 1991, le paquet était à 81 BEF. Mais, âgée de 25 ans, je préférais économiser pour un ticket d’avion vers l’Amérique du Sud. En août 2001, le prix avait atteint 130 BEF (soit € 3,2). J’avais alors 35 ans, deux magnifiques petites filles et un mari heureux qui avait arrêté de fumer durant ma première grossesse.

Passée entre les mailles du filet de Big tobacco, j’avais désormais en tête une seule lutte : aider ceux qui avaient succombé au charme de la cigarette. 
A la Fondation contre le Cancer, nous avons dès lors milité pour augmenter de manière significative le prix du paquet. Avec l’introduction de l’euro, tout semblait soudainement meilleur marché. En 2011 le paquet était à € 5,05 ; en 2012 € 5,26 ; en 2013 € 5,47 et en 2014 € 5,79. Le cap des 6 a été franchi en 2015, avec un prix affiché à € 6,10. C’était l’année où je franchissais un autre cap, lors d’une journée grise et pluvieuse : celui de la cinquantaine. Enfin, le paquet de 20 cigarettes est passé à € 6,35 en 2016, et est actuellement à € 6,50. Cela peut sembler beaucoup, mais c’est encore trop peu !

Selon l’OMS et la Banque mondiale, la seule manière d’obtenir un résultat probant est d’augmenter le prix drastiquement et en une seule fois. Une augmentation de 10% permettrait de faire baisser la consommation de 4%. Si l’augmentation se fait par petites touches successives, le consommateur n’arrête pas de fumer. Dans le cadre du taxshift, sujet politique majeur depuis 2015, il semblait pourtant que le message avait été compris par le ministère fédéral des Finances. D’autant plus qu’une augmentation des prix ne doit pas forcément avoir de conséquences négatives sur les recettes fiscales. Bien au contraire : augmenter les taxes sur les produits du tabac permettrait de faire d’une pierre, non pas deux, mais bien trois coups. Cela permettrait une diminution du nombre de nouveaux jeunes fumeurs, une augmentation du nombre de  fumeurs désirant arrêter et, enfin, un accroissement des recettes de l’état.

En 2015, le prix de notre paquet standard était € 6,10. Grâce aux accises et à la TVA, la vente des cigarettes a rapporté presque € 3,04 milliards à l’état cette année-là. En 2016, le prix du même paquet était de € 6,35, et les accises et la TVA ont rapporté presque € 3,09 milliards. Ce sont des données objectives, basées sur les chiffres de vente du ministère des Finances.
L’industrie du tabac pousse de hauts cris dès qu’il est question d’augmenter les taxes, alors même que c’est elle qui tient les rênes quand il s’agit de fixer le prix final du paquet tel que vendu dans les magasins. Des taxes élevées ne mènent pas automatiquement à  une augmentation proportionnelle des prix pour le consommateur. Les cigarettiers peuvent donc le garder plus bas, même si les taxes augmentent. Cette situation entrave l’application d’une politique efficace de santé publique. Elle porte également préjudice aux petits commerçants qui voient leur marge bénéficiaire se réduire. Cette information n’est quasi jamais reprise par la presse, à l’inverse des fausses informations propagées par l’industrie du tabac, comme celle concernant le risque de baisse de recettes pour l’état. Quod non !

Tobacco taxes are a fast and effective way to reduce tobacco consumption while simultaneously generating revenues for the state, at relatively little cost. The tobacco industry argues that increasing tobacco taxes will lead to a loss of jobs and revenue due to declining smoking rates; the truth, however, is that increased taxes create a win-win situation for public health and the economy as revenue increases even as smoking rates fall.” Plus d'infos via le Tobacco Playbook
 

 

Suzanne Gabriels, Manager Prévention Tabac à la Fondation contre le Cancer