Tabac : Questions-réponses

Depuis quand fume-t-on ?

Dans l’antiquité, le tabac était inconnu en Europe. Pourtant, les hommes brûlaient diverses herbes dont ils utilisaient la fumée pour soigner ou pour prier. On a même retrouvé à Pompéi des fresques prouvant l’usage de pipes.

En Amérique, les Indiens connaissaient le tabac, qu’ils considéraient comme une plante sacrée. Ils l’utilisaient lors de rituels pour la purification des adultes et pour entrer en communication avec le “Grand Esprit”. Le tabac était aussi utilisé comme plante médicinale. En 1492, Christophe Colomb découvre l’Amérique et s’aperçoit que les Indiens fument une plante nommée petum sous forme d’un tube de feuilles roulées. Ils utilisent de longues pipes ou chiquent les feuilles de tabac. Christophe Colomb raconte que les Indiens brûlent une plante avec de petits morceaux de charbon et en aspirent la fumée odorante. D’autres utilisent des bâtons creux remplis de feuilles hachées. D’autres encore fument des calumets, chiquent ou respirent une sorte de poudre. En 1493, le missionnaire espagnol Fray Romano Pane accompagne Christophe Colomb dans son deuxième voyage au Nouveau Monde, pour y convertir les habitants au christianisme. Il envoie du tabac à Charles Quint. L’Espagne choisit alors Cuba pour y faire pousser son tabac. Plus tard, quand le bateau accoste sur les côtes portugaises, l’équipage a pris l’habitude de consommer du tabac, dont il vante les mérites. En 1527, Bartolomé de Las Casas raconte qu’ “après avoir allumé le bout de ces chalumeaux qu’ils appellent tabacos ou petums, les indigènes aspirent à l’autre extrémité par la bouche, ce qui provoque de la stupeur, une sorte d’intoxication et, selon eux, enlève la fatigue”.

A partir de quand l’industrie du tabac s’est-elle développée ?

Dès le XVIIe siècle, on ramasse des mégots de cigare et on les enroule dans du papier pour les fumer. Les premières cigarettes fabriquées de façon industrielle apparaissent en 1830 et c’est en 1843 que la première machine à fabriquer les cigarettes est inventée. Les cigarettes ainsi fabriquées vont peu à peu supplanter la chique et la prise, mais le tabagisme reste cependant beaucoup moins fréquent qu’à l’heure actuelle.

Ce n’est qu’après la seconde guerre mondiale qu’il se développe de manière extraordinaire, gagnant peu à peu toutes les classes de la société.

Quel est l’impact du tabac sur la santé publique?

Le tabac est de loin la première cause de mortalité évitable en Belgique. Sur les 104 897 décès survenus en 1995, 19 400 sont à attribuer au tabac, soit un chiffre quatre fois supérieur au nombre total de décès imputables aux suicides (2 155), aux accidents de la route (1 592), au SIDA (221), au meurtre (169), aux empoisonnements (81), aux incendies (110) et aux accidents d’avion (16).

Les fumeurs qui décèdent prématurément à cause du tabagisme auront vécu en moyenne 14 ans de moins que les non-fumeurs. Le taux de mortalité des fumeurs de cigare et de pipe est nettement inférieur à celui des fumeurs de cigarette mais reste supérieur à celui des non-fumeurs. L’espérance de vie de l’ex-fumeur augmente à mesure des années qui s’écoulent après l’arrêt de sa consommation de tabac.

Le tabagisme est-il dans l'intérêt de l'État ?

Les recettes fiscales des produits du tabac sont très importantes : 2,62 milliards d'euros 2010. Ces recettes semblent donc indispensables. Elles mettent en cause la crédibilité de la politique gouvernementale. Une politique à court terme, car le tabagisme entraîne aussi des coûts très lourds, surtout dans l'assurance maladie.

Ces dépenses d'assurance maladie dues au tabac sont considérables en Belgique, à cause du nombre de personnes qui meurent du tabagisme. Selon des études étrangères, le coût du tabagisme est estimé à 12 à 15 % du total des charges de l'assurance maladie, soit 3,5 à 4,35 milliards d'euros en 2012.

L’industrie du tabac crée-t-elle beaucoup d’emploi ?

Depuis 1982, l'industrie belge du tabac appartient entièrement à de grandes multinationales étrangères comme Philip Morris, British American Tobacco, Japan Tobacco International, Imperial Tobacco et Altadis. Les unités de production ont toutes été délocalisées. En Belgique, l'emploi dans l'industrie du tabac ne représente plus grand-chose : les grandes marques, notamment Marlboro, L&M, Belga ou Camel, sont toutes fabriquées à l'étranger

Que reproche-t-on à l’industrie du tabac?

Des procès lancés aux Etats-Unis contre des fabricants de tabac dans les années 1990 ont permis de découvrir de très nombreux documents internes et confidentiels révélant les comportements délinquants de l’industrie du
tabac. Ces documents ont dévoilé les stratégies de ces industriels pour contrer les politiques de santé publique. Ils ont, en effet, délibérément caché ce qu’ils savaient depuis les années 1960,  à savoir que la cigarette était nocive, que la nicotine engendrait une dépendance physique importante et qu’ils jouaient sur la teneur en nicotine des cigarettes pour en augmenter les effets.

Est-il vrai que l'industrie du tabac a corrompu des acteurs, des chercheurs et des politiciens ?

On peut lire dans les documents internes que certaines marques de cigarettes ont payé des acteurs pour fumer dans les films où ils jouaient. Sylvester Stallone, par exemple, a reçu de l'argent de Brown et Williamson pour fumer dans Rambo et Rocky IV. Dans une lettre du 28 avril 1983, signée de la main de Stallone, nous lisons : « Comme convenu, dans cinq de mes films au moins, je fumerai des cigarettes de Brown & Williamson. En échange, Brown & Williamson me paiera 500.000 dollars. »

Nous savons aussi que les fabricants ont développé des stratégies pour saper le travail de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) :

  • paiement d’experts
  • organisation de campagnes de communication pour semer le doute dans les milieux scientifiques
  • falsification des résultats de recherche…

Dans quelques pays (Allemagne, États-Unis…), l'industrie du tabac a participé au financement de partis politiques. Cette pratique pèse directement ou indirectement sur les stratégies nationales et internationales de prévention du tabagisme.

Pourquoi l’industrie du tabac fait-elle des campagnes de prévention ?

L’industrie du tabac mène des campagnes de prévention du tabagisme en direction des jeunes dans certains pays : programme “Think. Don’t smoke” (Réfléchissez, ne fumez pas) orchestré par Philippe Morris, campagne
“Be cool, be yourself” (Sois cool, sois toi-même) lancée par British American Tobacco et Japan Tobacco International. Des études ont démontré que ce type de messages n’avait aucun impact ou pouvait même être contreproductif, en renforçant l’attrait du tabac pour les jeunes.

D’autre part, des documents internes de certains cigarettiers montrent que les véritables objectifs de ces campagnes sont moins louables : il s’agit, en fait, d’un exercice de relations publiques visant à améliorer l’image d’une industrie qui a beaucoup à se faire pardonner.

Témoignages

Patricia partage avec nous son vécu du cancer du sein, ce qui l’a aidée à traverser l’épreuve et la façon dont sa vision des choses a changé suite à la maladie.Lire la suite