4000 diagnostics de cancers attendus en 2020 en Belgique n’ont pas été posés. Les conséquences risquent d'être lourdes, malgré un certain rattrapage.

COVID-19 : quel risque selon quel cancer ?Vendredi, 2 Juillet 2021

Le Registre du Cancer, grâce à la livraison accélérée des données par les laboratoires de pathologie, a étudié l'impact de la COVID-19 sur le nombre de nouveaux diagnostics de cancer dans notre pays. L'étude, publiée aujourd’hui dans ESMO open, fait état de 6 % de diagnostics de cancer en moins en 2020 par rapport à 2019, soit une estimation de 4000 diagnostics manquants. Les premiers chiffres de 2021 (jusqu’en avril) montrent encore un retard (4%) mais un rattrapage s’est poursuivi plus spécialement pour certains groupes d’âge et tumeurs. 

La Fondation contre le Cancer tient à rappeler l'importance de poser les diagnostics le plus tôt possible, car des risques de traitements lourds et de mauvais pronostics sont à redouter en cas de prise en charge tardive.

La première vague de la pandémie plus lourde de conséquences que la seconde

Au cours de la première vague de la pandémie, une diminution marquée du nombre de nouveaux diagnostics de cancer a été observée à partir du mois de mars (figure 1). La baisse la plus forte a été observée à la mi-avril, après quoi le nombre de diagnostics a commencé à augmenter pour se stabiliser aux niveaux de référence au début du mois de juin. La deuxième vague a eu peu d'impact sur le nombre de diagnostics de cancer en Belgique, sauf pour la population âgée de 80 ans et plus.

 

Figure 1

 

Répartition selon l’âge et le type de tumeur

La population de 80 ans et plus a été profondément touchée par la pandémie, avec 10 % des diagnostics de cancer encore manquants pour 2020 (figure 2). L'impact a été moindre dans les groupes d'âge plus jeunes. Les cancers sont rares chez les enfants et les adolescents (de 0 à 19 ans), de sorte que la baisse observée de 4 % des diagnostics en 2020 devrait toucher moins de 20 patients. Depuis le début de l'année 2021, le rattrapage est quasi complet dans le groupes d’âge de moins de 50 ans. Il reste des efforts à fournir chez les personnes de plus de 50 ans.

 

Figure 2

 

Fin 2020, la baisse persistante la plus importante a été observée pour les cancers de la tête et du cou, pour lesquels 14 % de diagnostics en moins ont été posés en 2020 (figure 3). Toutefois, ces tumeurs montrent une poursuite du rattrapage début de 2021 (-10%). Alors que les mélanomes et les autres types de cancers de la peau ont connu une forte baisse des diagnostics en avril 2020, la situation s’est ensuite améliorée avec à peine 8 % (mélanome) et 9 % (non mélanome) de diagnostics manquants à la fin de l'année 2020, tendance au rattrapage qui se poursuit au début de l'année 2021.

Pour les hémopathies malignes (cancers de la moelle osseuse ou des ganglions lymphatiques) la diminution reste en moyenne de 6% à la fin de l’année 2020 et les premiers mois du 2021. Pour les autres types de cancers, un bon rattrapage a déjà été réalisé en 2020. Notamment presque tous les diagnostics attendus ont été réalisés pour le cancer du poumon (2 % de manquants) et le cancer du pancréas (4 % de manquants fin 2020, +1% avril 2021), deux cancers dont le pronostic est souvent moins bon.

Figure 3

 

Prof. Vincent Vander Poorten , Spécialiste Nez-Gorge-Oreille, et  chirurgien de la tête et du cou à l' UZ Leuven.

 

« Malgré la reprise encourageante fin 2020 pour la plupart des diagnostics, les cancers de la tête et du cou restent à la traîne, avec une baisse de 14 %. Cette observation s'explique probablement par

  • les plaintes vagues liées à ces cancers, qui ressemblent à une infection par le COVID (mal de gorge, nez bouché, toux, enrouement), entraînant le conseil de "rester à la maison",
  • la forte réduction des soins dentaires,
  • des examens moins approfondis, la nasolaryngoscopie étant un acte « condamné » pour "propagation de virus
  • les patients atteints de cancer de la tête et du cou sont en moyenne plus âgés, plus souvent des hommes, qui consultent moins et plus tard, et dont le système de soutien social est souvent faible

 

Impact sur le dépistage systématique (screening)

Le dépistage des cancers du sein, du col de l'utérus et du côlon a été suspendu à la mi-mars 2020 et a repris à partir de la mi-mai. Dans les groupes d'âge concernés par ces dépistages on constate une baisse initiale importante des diagnostics en avril 2020, suivie par une lente reprise. À la fin de 2020, le nombre de diagnostics manquants dans le groupe d'âge du dépistage du cancer du sein (50-69 ans) et du cancer du côlon (50-74 ans) était comparable à celui de la population générale, avec 6% pour le cancer du sein et environ 12% pour le cancer du côlon.  La baisse des diagnostics de cancer du côlon est plus important chez les hommes (14 %) par rapport aux femmes (9 %). A la fin du mois d’avril 2021, il manque encore 4% de diagnostics dans la population cible du dépistage du cancer du sein et 11% pour celle du cancer du côlon. Les programmes de dépistage sont organisés au niveau régional, ce qui signifie que l'impact peut être différent par région. Cette question sera étudiée plus en détail prochainement.

La Fondation contre le Cancer s’appuie sur les chiffres du Registre du Cancer pour tirer les premiers bilans des conséquences de la crise Covid-19 sur les cancers et encourage vivement les rattrapages !

Le rattrapage partiel du nombre de diagnostics constaté depuis juin 2020 peut être notamment attribué aux différentes campagnes menées par le monde médical et par la Fondation contre le Cancer, encourageant les personnes présentant des symptômes suspects à contacter un médecin. « En cas de symptômes nouvellement apparus ou persistants, il ne faut pas hésiter à consulter. Restons-y tous très attentifs et, le cas échéant, ne tardons pas à contacter notre médecin traitant car face à certains cancers, le temps perdu peut être lourd de conséquences » conseille le Dr Vander Steichel directeur médical de la Fondation contre le Cancer.

Un Registre du Cancer performant pour des chiffres complets et fiables

La Fondation contre le Cancer a aidé au financement du Registre du Cancer dès sa création et soutenu plusieurs de ses projets de recherche. Elle lui accorde un soutien financier pour les années 2020, 2021 et 2022. « Le travail accompli par le Registre du Cancer est de grande qualité et particulièrement utile. L’analyse précise des retards de diagnostics dus à la Covid-19 montre clairement là où les efforts doivent être faits : priorité au rattrapage rapide des diagnostics de cancers ! »