Cancer de la thyroïde : attention au surdiagnostic et au surtraitement

Mardi, 10 Septembre 2013

Dans le British Medical Journal, des experts soulèvent la question du surdiagnostic du cancer de la thyroïde. Grâce à l’échographie, à l’IRM et au CT-scan, on peut aujourd’hui détecter des tumeurs de la thyroïde d’un diamètre inférieur à 2 mm.  Or rien ne permet d’être certain que ces petites tumeurs connaîtront une évolution défavorable. Il y a donc là, manifestement, un risque de surtraitement. 

Source : British Medical Journal, 27 août 2013.

Commentaire de la Fondation contre le Cancer

Plus de diagnostics, mais pas plus de décès par cancer de la thyroïde 

L’incidence des cancers de la thyroïde a fortement augmenté au cours de ces dix dernières années. On a d’abord pensé qu’il s’agissait d’une conséquence des catastrophes de Tchernobyl et Fukushima. Mais on sait aujourd’hui que si le diagnostic de ces cancers est devenu plus fréquent, c’est surtout grâce aux progrès réalisés en imagerie médicale. Ces techniques récentes permettent de dépister de petites tumeurs, qui n’étaient pas détectables autrefois. Or, beaucoup de ces petites tumeurs évoluent très lentement, voire pas du tout. Même sans être traitées, elles n’auraient pas provoqué de symptômes ou problèmes. Des autopsies ont en effet montré la présence de telles petites tumeurs de la thyroïde chez des personnes décédées d’une autre cause et qui n’avaient jamais eu de  problème thyroïdien. Par ailleurs, au cours de la même période,  la mortalité par cancer de la thyroïde n’a pas augmenté. Notons également que près de 80 % des cancers de la thyroïde sont de petites tumeurs qui évoluent lentement et pour lesquelles on peut se contenter d’une surveillance régulière. 

Traiter un cancer de la thyroïde peut entraîner des complications

Même pour ces petites tumeurs, les traitements peuvent entraîner des complications comme des problèmes de voix (par lésion du nerf laryngé, qui passe tout près de la glande), une carence en calcium dans le sang (suite à l’enlèvement des glandes parathyroïdes), des saignements et infections postopératoires… Ce surtraitement a aussi un coût pour l’assurance maladie comme pour le patient. C’est pourquoi, dans un grand nombre de cas, il est préférable d’opter pour une simple surveillance régulière.

Autres cancers, même situation

Le problème de surdiagnostic et de surtraitement se pose aussi pour d’autres types de cancers tels ceux de la prostate, voire même peut-être des cancers du sein.  Les autopsies montrent en effet très fréquemment la présence de petites tumeurs cancéreuses dans la prostate chez des hommes décédés d’une toute autre cause (par ex. un infarctus, un AVC…). C’est pourquoi un dépistage systématique du cancer de la prostate n’est pas recommandé. Il pourrait en effet conduire à des traitements finalement inutiles, mais risquant d’induire des complications invalidantes ou altérant la qualité de vie des personnes (incontinence, impuissance...). Dans le cas du cancer du sein, la situation est moins claire, mais il faut savoir que la recommandation selon laquelle les femmes entre 50 et 69 ans doivent procéder tous les deux ans à un dépistage par mammographie est aujourd’hui remise en question dans certains milieux scientifiques.