Cancer: les découvertes qui révolutionnent le traitement du cancer

Vendredi, 19 Mai 2017

Cancer: La science fourbit ses armes

Les découvertes qui révolutionnent le traitement du cancer

Article par Myriam Bru, apparu dans Soirmag 
 

Les progrès dans le domaine du cancer avancent lentement mais sûrement. Des thérapies qui ressortissaient au domaine de la science-fiction il y a quelques décennies sont désormais accessibles aux patients. 

D’aucuns se demandent comment l’on peut se féliciter des progrès grandissants de la recherche scientifique en matière de luttecontre le cancer et, dans le même temps, prédire que d’ici quelques années, près d’une personne sur deux souffrira d’un cancer. Pour le Pr Pierre Coulie, chercheur et président de la Fondation contre le cancer, la réponse est simple : « L’augmentation des cas de cancer est essentiellement due au vieillissement de la population. À côté de cela, on a progressé aussi en matière de diagnostic. Grâce au dépistage systématique et à des techniques améliorées, on détecte des cancers à un stade plus précoce, principalement pour quatre cancers parmi les plus fréquents : sein, prostate, côlon et col de l’utérus. Ces deux raisons expliquent pourquoi l’on enregistre davantage de cas. »

Si les avancées sont constantes dans le domaine du diagnostic (les progrès de l’imagerie médicale sont énormes), elles le sont aussi au niveau du traitement. Cela reste difficile pour les cancers avancés, métastatiques ou pour certains types de cancer, mais des découvertes plus que prometteuses modifient le monde de l’oncologie : un Belge vient par exemple d’inventer une caméra thermique capable de déceler le cancer du sein. On parle aussi de protonthérapie, d’immuno-thérapie, de traitement contre l’angiogénèse... (lire pages suivantes). Toutes ces nouvelles modalités de traitement ont déjà transformé le parcours du combattant du malade. Les combiner avec la chirurgie, la chimiothérapie et la radiothérapie que l’on utilisait jusqu’ici constitue désormais un arsenal thérapeutique conséquent mais aussi de plus en plus complexe. Il est aujourd’hui difficile de savoir si l’hôpital que l’on a choisi dispose de toutes ces technologies de pointe. Il n’existe en effet pas encore, comme le souhaiterait l’Inami, de “centrale” qui permettrait de guider les patients vers les hôpitaux en fonction de leur degré d’expertise dans tel ou tel type de cancer. Or, plus un hôpital traite de cas similaires, plus son expertise augmente, notamment en matière de combinaison de traitements et de gestion des effets secondaires.

« Il est impossible d’être à la pointe dans tous les domaines, remarque le Pr Coulie. Les hôpitaux seront amenés à se spécialiser et à regrouper leurs compétences, même en collaborant avec les pays limitrophes. Le niveau moyen de la qualité des soins est élevé en Belgique. Il existe de nombreux centres universitaires très performants, certes avec des délais d’attente parfois trop longs, mais les patients n’imaginent pas le confort dont ils disposent ici par rapport à d’autres pays où ils seraient confrontés à un système à deux vitesses : une médecine pour les riches et une pour les pauvres. » 

SE GARDER DU RÊVE AMÉRICAIN

58 % des Belges sont optimistes

Selon une enquête récente organisée par le laboratoire bio-pharmaceutique MSD (Merck & Co), plus d’un Belge sur deux (54 %) pense qu’il sera un jour personnellement confronté au cancer. Ce qui n’empêche pas 58 % des personnes sondées de se sentir optimistes quant aux chances de vaincre un jour cette maladie. “Un jour”… que 69 % des Belges estiment lointain. Pour eux, la recherche avance lentement. Mis à part le décès, les trois principales conséquences redoutées par les malades sont : la douleur (24 %), la peur de gêner les proches (22 %) et celle de voir se dégrader leur qualité de vie (21 %). Raison de plus pour participer activement aux actions telles que le Télévie dont les bénéfices sont intégralement reversés à la recherche scientifique dans le domaine du cancer .

Guérir tous les cancers reste bien sûr l’objectif ultime de la recherche scientifique, mais cet espoir se heurte sans cesse au fait qu’ils sont différents les uns des autres et que la maladie évolue dans le temps. « Il faut se méfier des effets d’annonce de résultats miraculeux. Ils sont souvent naïfs et témoignent parfois d’une certaine malhonnêteté intellectuelle », décrète le président de la Fondation contre le cancer. « La guérison, c’est-à-dire la disparition définitive de toutes les cellules cancéreuses détectables, est possible mais reste rare. En fait, on ne peut dire qu’on est guéri d’un cancer que quand on meurt d’autre chose ! Par contre, on peut aujourd’hui maintenir un cancer à un niveau très bas pendant longtemps (cinq ans, et même beaucoup plus…) avec une qualité de vie très bonne, voire tout à fait normale. Il reste, bien sûr, cette fameuse “épée de Damoclès” dont la présence au-dessus de leur tête affecte moralement les patients qui ne se sentent ni malades ni guéris. »

La plupart des patients sont prêts à tester les nouveaux traitements développés par les firmes pharmaceutiques. Ces médicaments ne sont cependant pas toujours plus efficaces que ceux dont on dispose déjà. En revanche, s’il apparaît qu’ils peuvent l’être, des études cliniques de grande ampleur doivent être menées pour le démontrer formellement. Ce qui peut prendre un certain nombre d’années. « Mais il est normal que la société ne paie ces traitements que s’ils sont réellement efficaces, explique le Pr Coulie. Pendant la période des essais cliniques d’un nouveau médicament, il y a parfois des situations difficiles avec des patients dont on pense qu’ils pourraient peut-être bénéficier d’un médicament qui n’est pas encore testé chez nous mais bien à l’étranger. Certains patients demandent par exemple de participer à des essais cliniques aux États-Unis. Mais il faut être riche, voire très riche, car cela peut coûter des centaines de milliers d’euros, non remboursés naturellement, et cela ne fonctionne pas nécessairement.

Il faut donc rester prudent : un médecin ne fait pas miroiter à son patient qu’il pourrait bénéficier de tel ou tel traitement à l’étranger alors qu’il sait pertinemment que cela va lui coûter les yeux de la tête, bien entendu sans garantie de résultat. Cette situation, pour le patient et ses proches, est psychologiquement intenable. » 

LA PROTONTHÉRAPIE

Cette nouvelle technique de radiothérapie irradie de façon très ciblée les tumeurs malignes, de sorte qu’elle endommage moins de tissus sains. Elle permet de traiter des patients pour lesquels la précision de l’irradiation est extrêmement importante, par exemple des enfants atteints de cancer ou des adultes souffrant d’un cancer situé près d’organes vitaux, comme le cerveau. L’émission de rayons est gérée différemment que lors d’une radiothérapie conventionnelle et elle produit moins d’effets secondaires. Cette thérapie très coûteuse n’est destinée qu’à un nombre restreint de patients qui, pour en bénéficier, doivent se rendre dans des centres situés à l’étranger, notamment en Suisse et en Allemagne. Mais, bonne nouvelle, la construction du premier centre belge de protonthérapie vient de débuter, fruit de la collaboration de six hôpitaux universitaires (UZ Leuven, KU Leuven, les Cliniques universitaires Saint-Luc (UCL), l’UZ Gent, l’UZ  Antwerpen et l’UZ Brussel). Le bâtiment, composé de deux bunkers souterrains et d’équipements de pointe, sera érigé sur le site du Health Sciences Campus Gasthuisberg, à Louvain. Les premiers patients y seront attendus en juin 2019. 

L’IMMUNO-ONCOLOGIE

Notre système immunitaire est programmé pour tuer les agents infectieux comme les virus, les bactéries et les parasites. En principe, il est efficace et bien équipé, de sorte que lorsqu’il est attaqué par des cellules malades, notre système immunitaire les reconnaît et les détruit. Face à des cellules cancéreuses, il va falloir l’aider. C’est ici que l’immunothérapie entre en jeu : ce traitement permet de stimuler le système immunitaire du patient atteint d’un cancer. Comment ? « Nous disposons actuellement de quelques médicaments ( ipilimumab, nivolumab, pembrolizumab) capables de stimuler les lymphocytes, nous explique le Pr Pierre Coulie. Les lymphocytes, ce sont des globules blancs capables de reconnaître des cellules malades, ici cancéreuses, et de les détruire. Certains patients en ont suffisamment, d’autres n’ont pas assez de lymphocytes ou ceux-ci sont “fatigués”. Avec ces médicaments, nous allons les “réveiller”. Les résultats sont parfois impressionnants au point  que l’on puisse même envisager une guérison pour certains patients qui ont été débarrassés de leur tumeur. On espère pouvoir utiliser l’immunologie contre la plupart des cancers mais pour le moment, les résultats les plus spectaculaires concernent le mélanome (cancer de la peau), le cancer du poumon, du rein, de la vessie, le cancer “tête et cou”, de même que la maladie de Hodgkin. C’est moins efficace pour les cancers de la prostate, du sein et du côlon (sauf dans environ 5 % des cas). »

Même pour les types de cancers sensibles, l’immunothérapie ne fonctionne que pour 15 à 50 % des patients. La recherche continue donc, notamment pour tester ce traitement sur d’autres types de cancer plus rares et pour comprendre pourquoi cela ne fonctionne pas pour tous les cancers ni sur tous les patients. En Belgique, la société de biotechnologie Celyad (Mont- Saint-Guibert) s’intéresse de près à l’immuno-oncologie. Spécialisée dans le développement de thérapies cellulaires, elle a annoncé qu’elle avait franchi de nouvell es étapes dans le traitement de sept cancers dont cinq tumeurs solides (ovaires, vessie, colorectal, sein et pancréas) et deux hématologiques : la leucémie myéloïde aiguë et le myélome multiple. Elle modifie
en laboratoire des lymphocytes de patients pour les rendre plus actifs contre les cellules cancéreuses, avant de les réinjecter à ces mêmes patients. 

L’ÉLECTROCHIMIOTHÉRAPIE

Initiée il y a deux ans déjà par une équipe de médecins des Cliniques universitaires Saint-Luc, il s’agit d’un traitement miniinvasif qui soigne des lésions cancéreuses cutanées métastatiques ou localement très évoluées, inopérables et ne répondant plus à la chimiothérapie conventionnelle. « Elle associe l’application ciblée d’un champ électrique dans la tumeur par une électrode transcutanée et l’administration par voie veineuse, pendant une vingtaine de minutes seulement, d’un agent de chimiothérapie. Cette technique ne détruit que les cellules cancéreuses et épargne les saines », explique le Pr Benoît Lengelé, l’un des initiateurs de la méthode. 

LA RADIOLOGIE INTERVENTIONNELLE

En 2014, “Le Point” présentait cette technique d’ablation de tumeurs sans intervention chirurgicale, à destination de personnes inopérables. Une aiguille guidée par scanner est placée au centre de la tumeur ou de la métastase après avoir traversé la peau et un vaisseau sanguin. On y introduit ensuite soit un courant froid (cryothérapie), soit un courant chaud (radiofréquence) ou encore des microbilles radioactives, afin de détruire les cellules cancéreuses. 

LA THÉRAPIE BASÉE SUR LA VASCULARISATION DES TUMEURS

Pour grandir, une tumeur a besoin de l’oxygène qui arrive par le sang. La tumeur croît ainsi “grâce” aux vaisseaux sanguins qui l’alimentent. La formation de nouveaux vaisseaux sanguins est donc essentielle à la croissance tumorale. Il y a aujourd’hui des médicaments qui parviennent à bloquer la formation de nouveaux vaisseaux sanguins dans les tumeurs, sans qu’il y ait trop d’effets secondaires. 

UNE PROTÉINE POUR LES CANCERS DU SEIN LES PLUS AGRESSIFS

C’est le laboratoire de recherche sur les métastases de l’Université de Liège, sous la direction du Pr Vincent Castronovo et du Dr Andreï Turtoï, qui a découvert une protéine capable d’améliorer le traitement des cancers du sein de type “triples négatifs” qui constituent environ 15 à 20 % des cancers du sein. Cette protéine, appelée “asporine”, est présente dans les cancers, mais pas dans les plus agressifs. Son rôle est d’aider l’organisme à construire une sorte de mur protecteur pour empêcher les cellules cancéreuses de se propager. L’équipe de l’ULg a trouvé comment les cancers triples négatifs bloquaient l’asporine dont le rôle est de barrer la route aux tumeurs. « Les cellules cancéreuses produisent une substance, l’interkeuline 1-bêta, qui donne l’ordre de ne pas produire d’asporine et donc de ne pas construire de barrière anti-cancer, a expliqué le Pr Castronovo. Or, il existe aujourd’hui un médicament, utilisé dans les maladies articulaires inflammatoires, qui inhibe l’interkeuline 1-bêta ! » 

LA DÉSESCALADE THÉRAPEUTIQUE

Pour trois types de cancer (côlon, prostate et sein), les performances en matière de diagnostic précoce sont telles aujourd’hui qu’on assiste à un effet de surdiagnostic : on détecte non seulement des lésions cancéreuses, mais aussi précancéreuses qui ne deviendront jamais un cancer. Pour le côlon, c’est simple : lors d’une coloscopie, tout élément suspect (polype) est retiré immédiatement. Dans le cas de la prostate ou du sein, la chirurgie est plus lourde et les effets secondaires aussi. Alors que jusqu’à présent, on conseillait de traiter le plus rapidement possible, aujourd’hui on propose parfois d’attendre. 

LA TOMOGRAPHIE PAR ÉMISSION DE POSITRONS

Un exemple de bonne expertise

Pour encadrer toutes les nouvelles technologies, de nouveaux projets hospitaliers d’envergure s’apprêtent à surgir de terre, nous vous en avons parlé la semaine dernière. Parmi eux, les Cliniques universitaires Saint-Luc, qui ont annoncé la reconstruction de leur hôpital pour 2025, se préparent à ériger un nouveau bâtiment destiné à abriter l’Institut Roi Albert II dont l’activité est centrée sur le traitement du cancer et l’hématologie. C’est ce même institut qui, selon une étude de la Fondation Registre du Cancer, a démontré que la survie de ses patients traités pour le cancer du rectum était de 78,7 %, alors que la moyenne est de 66,2 % dans les autres hôpitaux. 

Il s’agit cette fois d’une technique de diagnostic à laquelle les oncologues ont de plus en plus souvent recours. Elle consiste à injecter au patient une molécule de sucre marquée par un produit radioactif. Cela permet de localiser plus facilement les petites tumeurs et toutes les métastases, ainsi que d’évaluer leur volume. On utilise cette tomographie dans les cancers gynécologiques, broncho-pulmonaires, du sein, de la peau, de la prostate, de l’oesophage et dans les lymphomes. Une nouvelle génération – non irradiante – devrait bientôt être disponible. 

LE “NEZ” ARTIFICIEL POUR DÉTECTER LES CANCERS

Des neurochirurgiens de Californie se sont associés aux chercheurs de la Fondation sur la cartographie du cerveau de West Hollywood dans l’idée d’utiliser un “nez électronique” développé par la Nasa (pour contrôler la qualité de l’air) afin de détecter les cellules cancéreuses. Le nez en question détecte des molécules provenant de mélanomes (cancer de la peau) et de glioblastomes (cancer du cerveau). Cela permet de distinguer les cellules normales des cellules cancéreuses. À noter que des chiens ont été éduqués à accomplir ce même travail.