Chronique : Trop difficile

Mathijs GoossensMercredi, 3 Octobre 2018

Cette chronique de Mathijs Goossens, Porte-Parole NL,  a été publiée le mercredi 26/09/2018 sur www.artsenkrant.com (le dépendant Flamand du Journal du Médecin).

Quand j’étais plus jeune, mes parents m’interdisaient d’utiliser l’excuse « c’est trop difficile » ou « je n’ai pas envie » plus de trois fois par semaine. Pour eux, une « semaine » commençait le lundi, à 7 heures du matin : j’utilise encore cette définition aujourd’hui.

Je crois qu’ils ont inventé cette règle quand ils ont commencé à nous demander, à mon frère et à moi, de sortir les poubelles ou de faire la vaisselle. Trois fois par semaine, cela peut sembler exagéré, mais ce n’est franchement pas grand-chose pour un ado.

Cette anecdote m’est revenue à l’esprit la semaine dernière, au détour d’une conversation avec une collègue. Elle me demandait si j’avais déjà pensé au fait que mon fonds de pension investissait peut-être dans des produits de tabac. J’étais interloqué par sa question, incertain d’avoir bien compris. Vous l’auriez été aussi ? Je vous résume sa réponse : rien ne nous empêche de vérifier si notre fonds de pension investit dans l’industrie du tabac.

Tout sourire, je lui ai alors répondu que c’était intéressant, tout en pensant que je n’avais pas le temps pour ça. Seulement voilà, nous étions vendredi après-midi, et j’avais déjà épuisé mes trois jokers « trop difficile » de la semaine. Je lui ai donc promis de mener des recherches.

De quoi parle-t-on ici ?

Lorsque vous déposez votre argent sur votre compte, choisissez d’investir ou de le placer dans un fonds de pension, vous le confiez à votre banque. À partir de cet instant, elle peut agir à sa guise (dans le respect de certaines limites légales, comme votre profil de risque). Cela signifie que votre argent peut alimenter des entreprises avec lesquelles vous n’aimeriez pas être associé.

Pour m’en assurer, j’ai alors demandé par mail à ma banque si l’argent de mon fonds de pension soutenait l’industrie du tabac. La réponse ne s’est pas fait attendre : j’ai reçu la fiche produit de mon fonds de pension en guise de réaction. Apparemment, les banques les fournissent sur simple demande pour les investissements et ce type de fonds. D’ailleurs, cette fiche vous est probablement remise lors de la signature de votre contrat, mais qui lit ce genre de chose ? Rien de bien compliqué, donc… jusqu’à ce que je constate la longueur de ce document et décide de remettre cette tâche à la semaine qui m’attendait, dès le lundi suivant à 7 h.

Pas si difficile que ça ?

Peu après, j’ai toutefois reçu un appel de ma banque. Pour les fonds de pension et les investissements, il semble qu’il existe une méthode bien plus aisée. En effet, beaucoup de banques proposent deux types de portefeuilles : les SRI (Socially Responsible Investment) et les « classiques ».

Le premier groupe rassemble des entreprises principalement actives dans les secteurs des énergies renouvelables, de l’efficacité énergétique, des microcrédits, de la justice sociale, etc. Je dis bien « principalement », car il n’existe pas encore de définition officielle des « SRI », sinon un concept général. Ces investissements rapportent des bénéfices, tout étant positifs pour l’environnement ou la société (enfin, plus que les autres).

De nombreuses banques proposent 2 types d’investissements ou de fonds : les SRI (Socially Responsible Investment) et les « classiques »

Parmi les « investissements classiques » peuvent par exemple figurer des organisations qui fabriquent des produits addictifs (tabac, alcool, jeux de hasard) ou pas toujours très éthiques (comme les armuriers). Ces secteurs d’activité, très rentables au demeurant, sont intéressants pour les investisseurs en quête de bénéfices financiers à court terme.

À l’heure actuelle, les portefeuilles SRI n’égalent bien souvent pas la rentabilité des options moins responsables. S’ils étaient plus intéressants, plus personne n’hésiterait à les privilégier.

Cela dit, les producteurs d’énergie renouvelable pourraient rapporter davantage à long terme que les entreprises pétrolières. Voyez plutôt l’explication de la Dr Bronwyn King du Peter MacCallum Cancer Centre dans cette vidéo.

Pas si difficile que ça !

Les sociétés basées sur le profit, comme les banques, m’inspirent toujours un peu de méfiance lorsqu’elles avancent des solutions alternatives engagées. Pourtant, si ces institutions elles-mêmes y voient un potentiel lucratif, pourquoi hésiter ? C’est pourquoi j’ai donné le feu vert à ma banque pour transférer mon argent sur un fonds de pension SRI. Quand ma collègue rentrera de vacances, je pourrai fièrement lui annoncer que j’ai « complètement arrêté le tabac ». Je compte bien encore investir dans l’un ou l’autre projet écologique… Finalement, ce n’était pas bien difficile.