Un test sanguin pour dépister le cancer : pas encore pour demain

Vendredi, 13 Novembre 2015

Selon un article qui vient de paraître dans la prestigieuse revue Cancer Cell, des chercheurs du VU Medisch Centrum (VUmc) à Amsterdam viennent de mettre au point une technique de dépistage du cancer par l’analyse d’une simple goutte de sang.

Selon les chercheurs, les tumeurs laissent des traces dans le matériel génétique des plaquettes sanguines (dont le rôle est d’assurer la coagulation). Le test qu’ils ont mis au point permettrait de confirmer la présence ou l’absence de cancer dans 96 % des cas.

Et leur découverte va plus loin encore. Cette nouvelle technique permettrait aussi de déterminer dans quel organe le cancer est apparu. Ce nouveau test sanguin est bien sûr encore en développement. Mais les chercheurs, optimistes, espèrent qu’il sera disponible pour 2020.

Source : Best M.G.et al., 2015, Cancer Cell 28, 1–11, November 9, 2015

Commentaire de la Fondation contre le Cancer

Les tests sanguins pour dépister le cancer constituent une piste de recherche en plein développement, porteuse d’espoirs pour les soignants et les patients. En effet, avoir le diagnostic au bout d’une goutte de sang serait un énorme progrès.

Un intérêt évident

Un dépistage du cancer présente en principe un intérêt majeur : pouvoir identifier beaucoup plus rapidement la maladie et donc la traiter à un stade débutant. Cela permet d’espérer un traitement plus limité, mais surtout plus efficace, et donc des chances de guérison plus importantes.

Mais aussi des limites…

D’après ce test, les chercheurs peuvent confirmer la présence ou l’absence de cancer dans 96 % des cas.

Ce test semble donc présenter, a priori, de bons  taux de spécificité et de sensibilité. Toutefois, le faible nombre de personnes inclues dans l’étude rend difficile les interprétations de ces résultats. En effet, le but d’un dépistage est d’avoir à la fois la meilleure spécificité et la meilleure sensibilité possibles. Les deux sont indispensables car si le test n’est pas assez spécifique, on inquiète inutilement des personnes indemnes de la maladie, et si le test n’est pas assez sensible, on laisse passer au travers des mailles du filet des personnes atteintes de la maladie.

Voire des inconvénients…

Imaginons que ce test soit à la fois hautement sensible et spécifique. Dans ce cas, dépister une tumeur avant qu’elle ne soit repérable par imagerie pourrait entraîner une situation plus qu’embarrassante. Imaginez qu’on dépiste ainsi un cancer du sein sans pouvoir repérer la tumeur. Quel sein traiter ? Le gauche ou le droit ? Impossible d’opérer ni d’irradier sans être capable de cibler la tumeur… Va-t-on donner de la chimiothérapie à l’aveugle ou se « contenter» de surveiller la personne en attendant que la tumeur ait suffisamment grossi pour être démasquée ?

Autres progrès nécessaires

Parallèlement à ces avancées au niveau des tests sanguins de dépistage du cancer, il va donc être essentiel de continuer à réaliser des progrès en imagerie médicale pour localiser des tumeurs de plus en plus petites.

Présélection

Enfin, un autre intérêt de ces tests sanguins serait d’y avoir recours pour faire la présélection des gens qui doivent entrer dans des programmes de dépistage plus classiques. Un test sanguin négatif permettrait d’éviter des examens de dépistage, lesquels seraient par contre vivement encouragés en cas de test sanguin positif.

On peut donc espérer que ces tests sanguins constitueront un atout supplémentaire dans le dépistage du cancer. Mais les voir comme un substitut des examens d’imagerie est certainement encore prématuré, notamment parce qu’il n’est pas encore évident que ces tests soient capables de dépister un cancer à un stade très précoce. Par ailleurs, même si ces résultats préliminaires sont particulièrement intéressants, ces tests devront être reproduits à une plus large échelle, en incluant notamment un plus grand nombre d’individus sains.

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