Dépister le cancer du poumon par une prise de sang ?

Vendredi, 12 Février 2016

Une équipe de chercheurs de l'Université de Hasselt et du ZOL (Ziekenhuis Oost-Limburg) vient de mettre au point une méthode qui permettrait de dépister un cancer du poumon via une prise de sang. « Le chemin est encore long avant que nous puissions appliquer cette méthode à grande échelle, mais les premiers résultats sont prometteurs », affirme le Dr Evelyne Louis.

Actuellement, le dépistage du cancer du poumon par scanner cause  de nombreux faux-positifs (examen anormal en l’absence de cancer) générant énormément de stress. Par ailleurs, à chaque nouveau dépistage, le scanner nécessite des doses d’irradiation dont l’effet cumulatif n’est pas négligeable. On doit donc évaluer son utilité au cas par cas. Jusqu’ici, la sélection des personnes à qui on propose ce dépistage est peu précise. Elle s’opère uniquement sur base de facteurs de risque cliniques tels que l’âge et le tabagisme. Disposer d’un test sanguin permettrait d’être beaucoup plus sélectif. Ce test sanguin ne remplacerait donc pas le dépistage par imagerie médicale (scanner) mais rendrait possible une meilleure présélection des personnes à qui le proposer.

Source : Thèse de doctorat “Study of the plasma metabolic phenotype by NMR spectroscopy and evaluation of its ability to detect lung cancer.” Promoteur: Pr Michiel Thomeer, ZOL
 

Commentaire de la Fondation contre le Cancer

Testé sur des humains

Les chercheurs ont développé ce test sur des humains : « Au total, nous avons récolté 704 échantillons de plasma, dont la moitié provenaient de patients atteints d’un cancer du poumon et l’autre moitié de patients indemnes de la maladie. Grâce à une technique appelée spectroscopie RMN du proton (1H-NMR), nous avons pu déterminer dans chaque échantillon de sang quels métabolites (substances chimiques produites par les cellules) étaient  présents et à quelle concentration. On peut parler de ‘signature métabolique’. Et grâce à celle-ci, nous avons pu distinguer les patients atteints d’un cancer du poumon des personnes qui en sont indemnes », explique la chercheuse.

Moins de radiations

« Bien sûr, l’imagerie médicale restera toujours indispensable. Mais avec ce nouveau test, nous espérons que moins de personnes devront se soumettre à un scanner, évitant ainsi des radiations inutiles pour certaines d’entre elles. Ce sera tout bénéfice à la fois pour le patient et pour la sécurité sociale », souligne Evelyne Louis.

Autres cancers

En outre, les chercheurs ont tenté de savoir si cette signature métabolique était spécifique au cancer du poumon ou s’il s’agissait plutôt d’un marqueur tumoral général. “C’est pourquoi nous avons aussi récolté des échantillons de plasma chez des patientes atteintes d’un cancer du sein. Les résultats montrent que la signature métabolique du cancer du sein est différente de celle du cancer du poumon. Cela semble donc indiquer que l’on pourrait distinguer différents types de cancers sur  base de leurs signatures métaboliques respectives”, confirme le Dr Louis.

Poursuivre les recherches

Avant que la méthode ne puisse être appliquée en clinique, les résultats doivent encore  être validés. Cela signifie que d’autres recherches sont nécessaires pour s’assurer que cette nouvelle méthode permet bel et bien une meilleure sélection des individus avant dépistage par scanner. “Nous espérons pouvoir réaliser bientôt une étude à plus grande échelle, non plus sur des patients dont nous savons déjà qu’ils sont atteints d’un cancer du poumon, mais auprès de personnes à risque accru de cancer du poumon qui ne présentent pas encore de  symptômes évocateurs.”, conclut Evelyne Louis.