Enceinte, faut-il poursuivre les traitements ?

Mercredi, 14 Octobre 2015

Une étude menée à l’UZ Leuven, par le Pr Frederic Amant, gynécologue et oncologue, montre que les femmes enceintes chez qui on a diagnostiqué un cancer, ne doivent pas craindre de mener leur grossesse à terme tout en recevant les traitements nécessaires sans risques supplémentaires. Et cela aussi bien pour la chimiothérapie que pour la radiothérapie.

Source : http://www.nejm.org/doi/full/10.1056/NEJMoa1508913#t=article

Commentaire de la Fondation contre le Cancer

 

Des traitements agressifs

Pour lutter contre un cancer, différents traitements peuvent être envisagés : chirurgie, chimiothérapie (avec différentes molécules et différentes combinaisons de molécules envisageables), radiothérapie, thérapie ciblée, hormonothérapie, etc. (pour plus d’information à ce sujet via ce lien

Le cancer peut se déclarer chez une femme enceinte ; et ce, d’autant plus que les femmes ont des enfants plus tard dans la vie, comme c’est le cas de nos jours.

Vu l’agressivité nécessaire des traitements, en particulier de la chimiothérapie, pour traiter ce cancer maternel, il est logique que les futures mamans s’inquiètent pour la santé de leur fœtus…

Des données manquantes

Les études scientifiques étudiant l’impact de la chimiothérapie et autres traitements du cancer sur l’enfant en formation manquent encore à l’heure actuelle. C’est  peut-être ce qui pousse souvent bon nombre de femmes enceintes, en particulier en début de grossesse, à y mettre un terme, pour se consacrer pleinement à leur lutte contre le cancer. D’autres vont au contraire retarder leur traitement, afin de mener leur grossesse à terme.

Pour déterminer le bien-fondé de ces attitudes, le Pr Frederic Amant a donc décidé d’étudier le devenir de 129 enfants dont la mère avait dû subir, lorsqu’elle était enceinte, un traitement contre le cancer. Ils ont comparé ces enfants à 129 autres, dont la mère n’avait reçu aucun traitement durant la grossesse.

Les traitements subis par les femmes atteintes d’un cancer au cours de leur grossesse étaient: la chirurgie, la chimiothérapie (par anthracyclines, taxanes, et dérivés du platine), la radiothérapie, le traitement par trastuzumab ou encore par interferon β.

L’équipe du Pr Amant a suivi ces enfants dès leur naissance, les plus âgés ont aujourd’hui 3 ans. Ils ont constaté que les enfants soumis in utero à des traitements contre le cancer de leur mère présentaient plus souvent un faible poids à la naissance (22% avaient un percentile à la naissance inférieur à 10, contre 15% des enfants non soumis aux traitements) et qu’ils étaient plus souvent prématurés (61% sont nés avant 36 semaines de gestation, contre 7 à 8% dans la population générale). 

Malgré ces différences, le Pr Amant insiste sur le fait que les enfants présentant un faible poids à la naissance retrouvaient rapidement un poids normal au cours des premiers mois.

Plus important encore: les enfants exposés aux traitements de leur mère présentaient un développement cognitif tout à fait comparable aux autres. De même, à 36 mois, la fonction cardiaque des enfants prématurés exposés durant la grossesse était tout à fait comparable aux enfants non exposés. Et aucune différence dans les hospitalisations ou les maladies infantiles n’a été remarquée entre les deux groupes.

Pour conclure

Cette étude montre que le devenir des fœtus, bien qu’exposés à des traitements agressifs, n’est pas compromis. En tout cas pas dans l’état actuel des connaissances. Car le Pr Amant le précise : il a réalisé ces tests avec certaines molécules utilisées dans la chimiothérapie, mais pas toutes. Et le recul actuel est de trois ans. 

Pour ce qui est des chimiothérapies par anthracyclines, taxanes, et dérivés du platine (les plus courantes en cas de cancer du sein), les données sont encourageantes, et les femmes enceintes ne doivent pas choisir entre leur traitement et leur bébé. Ce qui est une bonne nouvelle !

Notons enfin que les recherches menées par l’équipe du Professeur Amant sont soutenues financièrement par la Fondation contre le Cancer. Plus d'infos via ce lien.