Interdiction de fumer en rue en Espagne : une réaction de la Fondation contre le Cancer

carte blancheMardi, 25 Août 2020

Tout le monde s’attend sans doute à ce que la Fondation contre le Cancer approuve une telle mesure. Car voir quelqu’un fumer donne envie de fumer. Nous devrions donc nous réjouir que nos enfants ne soient plus confrontés à de tels exemples en rue, non ? Pas si sûr, selon Suzanne Gabriels, notre expert prévention tabac. 

Les mesures qui limitent actuellement nos libertés sont inédites. L’enfermement des personnes âgées dans les maisons de repos, en particulier, me révolte profondément. La semaine passée, mamie a de nouveau eu un accident vasculaire cérébral. Quand on se rend compte que sa deuxième jambe est paralysée, cela fait l’effet d’une gifle. Si les mots n’offrent ici que peu de réconfort, un gros câlin peut faire la différence. Hélas, les familles sont privées de ce droit. Il n’en faut pas plus pour s’imaginer porter l’affaire en justice. Car peuton réellement priver les familles de cette petite dose d’humanité ? Et pour combien de temps ? Ces restrictions de nos libertés sont très difficiles à supporter. Si nous voulons que la population continue à respecter les mesures nécessaires, il y a tout lieu d’éviter de semer la panique. Chaque privation de nos libertés doit donc être rationnelle et proportionnelle. 

Une interdiction de fumer en rue est-elle nécessaire et proportionnelle aux risques ? Avant d’envisager une interdiction généralisée, peut-être pourrions-nous d’abord introduire quelques initiatives plus spécifiques qui nous éviteront peut-être de céder à la panique en prenant des mesures trop drastiques. 

Pourquoi n’impose-t-on pas la fermeture des fumoirs dans l’horeca ? Des fumeurs de différentes bulles s’y retrouvent pour fumer. Et pour fumer, il faut retirer son masque. Les fumeurs ont tendance à tousser davantage que les non-fumeurs, ce qui favorise la diffusion du virus sur de plus grandes distances. En présence de fumeurs qui toussent, on a donc tout intérêt à maintenir une distance supérieure au 1,5 mètre obligatoire. Et avec les vapoteurs, la distance doit être plus grande encore ! L’aérosol d’une cigarette électronique peut en effet propager le virus très loin. Tout ce qui absorbe de l’eau accroît le risque de propagation. Le Conseil supérieur de la santé a rédigé un avis sur le SARS-COV-2 et les systèmes de ventilation. Les systèmes de ventilation dans les fumoirs de l’horeca sont-ils suffisants ? Les fumoirs sont-ils désinfectés par le personnel ? Et qu’en est-il des mégots qui restent sur place, et qui ont clairement été en contact avec la bouche et la salive d’un fumeur ? 

Pourquoi n’interdit-on pas de fumer la cigarette électronique sur les terrasses extérieures des établissements horeca (ou du moins sur certaines) ? Avec les aérosols, une distance de 1,5 mètre est loin d’être suffisante, en particulier sur les terrasses où la circulation de l’air est entravée par des pare-vents et des auvents. 

Pourquoi n’investit-on pas davantage dans l'aide au sevrage tabagique ? Rester fumeur n’est pas un choix, c’est une addiction ! La crise du COVID-19 met clairement en avant la vulnérabilité des fumeurs. Car, en dehors des personnes âgées, ce sont les patients souffrant de maladies non transmissibles dues à leur mode de vie qui ont le moins de chances de survivre aux complications du virus. Il est donc grand temps de mettre en place davantage de mesures pour lutter contre le tabagisme. Tout hôpital devrait disposer d’un grand service de tabacologie. Mais ce type de service ne fait pas actuellement partie des critères d’agrément des hôpitaux. 

Chers responsables politiques, nous vous demandons de bien vouloir aider plus de fumeurs à arrêter de fumer ! Car une interdiction généralisée de fumer en rue obligera les accros à la cigarette qui vivent dans un petit logement sans jardin à fumer de nouveau à l’intérieur, peut-être à leur propre désespoir ou à celui de leur partenaire ou de leurs enfants. 

Réagissez ! Il reste tant à faire, tant de possibilités à explorer ! Qu’attendons-nous ? Ces mesures , inscrites dans la durée, auront aussi un effet bénéfique sur le nombre de cancers des poumons. Une lutte dans laquelle la Fondation contre le Cancer n’a de cesse de s’investir.