La « prévention active des cancers » du Dr Gernez : est-ce vraiment une bonne idée? | Fondation contre le Cancer

La « prévention active des cancers » du Dr Gernez : est-ce vraiment une bonne idée?

Lundi, 17 Mars 2014

Le décès en janvier 2014 du Dr André Gernez, médecin français, a relancé la polémique autour de son livre : « Pour une politique publique de prévention active des cancers » édité en octobre 2012. Les nouveaux médias, Facebook et YouTube en tête, crient au scandale et au grand complot face à ce qui serait l’idée du siècle. Alors, est-on vraiment en train d’occulter LA méthode qui pourrait tous nous sauver du cancer ?

Commentaire de la Fondation contre le Cancer

Le mieux est souvent l’ennemi du bien et la médecine n’échappe pas à cette règle.

Espérer nous protéger des cancers, en nous faisant courir des risques inutiles, ne ressemble vraiment pas à une bonne idée…
Rappelons d’abord que deux hommes sur trois et trois femmes sur quatre n’auront heureusement jamais de cancer ! Pour la grande majorité d’entre nous, les conseils généraux de prévention (ne pas fumer, éviter l’excès de poids, bouger, limiter sa consommation d’alcool…) sont largement suffisants et appliquer la « prévention active » n’aurait donc aucun intérêt.

En quoi consiste cette « prévention active » ? Il s’agit « simplement » d’encourager chacun, chaque année à partir de 35 - 40 ans, à suivre un régime draconien de plusieurs semaines et à prendre des médicaments - rien moins qu’une chimiothérapie « légère » - dans le but d’éliminer d’éventuelles cellules cancéreuses avant qu’elles ne posent problème.

Appliquer régulièrement de façon préventive régime et prise de médicaments est non seulement inutile (puisque, dans la grande majorité des cas, aucun cancer n’est présent à ce moment là), mais  dangereux en raison des risques liés à ce genre de régimes et aux effets secondaires des médicaments.

Et pour ceux chez qui un cancer serait en début de développement? Là aussi, une réflexion critique s’impose. Quelle serait l’efficacité de cette méthode appliquée à grande échelle et quels en seraient les inconvénients ? Tant que des réponses indiscutables ne sont pas disponibles, il est irresponsable d’encourager son application.

La prévention des cancers par prise de médicaments préventifs fait actuellement l’objet de plusieurs études scientifiques. Mais cette approche « interventionniste », appelée chimioprévention, se révèle bien plus complexe que le Dr Gernez ne l’imaginait. Si elle fait la preuve de son efficacité, la chimioprévention sera très probablement réservée aux personnes présentant des risques nettement plus élevés que la moyenne. Et à eux seuls, pour éviter à tous ceux qui n’en ont pas besoin d’éventuels effets indésirables.

Bref, la levée de boucliers causée par la « prévention active » du Dr Gernez dans les milieux médico-scientifiques n’est ni un complot ni un scandale, mais simplement une réaction de prudence élémentaire, toujours bien utile en médecine…