Les cigarettes s'éteignent… mais pas l'ingéniosité des compagnies de tabac !

De tabaksindustrie komt alleen te staanVendredi, 2 Octobre 2020
Une opinion de Suzanne Gabriels, experte en prévention tabac à la Fondation contre le Cancer.
 

Philip Morris International (PMI) vient d’annoncer la fin des cigarettes d'ici 10 à 15 ans pour un certain nombre de pays. André Calantzopoulos, PDG de PMI, a fait cette déclaration lors d'un événement organisé en marge de l'Assemblée Générale des Nations Unies (ONU).

Cette annonce de PMI fait évidemment sensation, mais, à bien y regarder, elle est particulièrement manipulatrice pour créer la confusion et se mettre au premier plan en tant qu'entreprise respectable. Soyons francs, à la Fondation contre le Cancer nous considérerons cette manipulation comme honteuse, voire criminelle !

Comment serait-il possible de produire, de commercialiser et de vendre des produits du tabac d'une manière qui soit compatible avec la santé publique ou avec le programme des Nations Unies en matière d'objectifs de développement durable (SDG). Selon l'article 5.3. de la Convention-cadre de l'OMS pour la lutte antitabac (CCLAT), il existe un conflit fondamental et irréconciliable entre les intérêts de l'industrie du tabac et les intérêts de la politique de santé publique.

Décortiquons les astuces et manipulations des compagnies de tabac : ce n'est déjà pas un hasard si le groupe PMI communique en marge d'une réunion des Nations Unies. Lors du sommet de Concordia, les décideurs politiques et les leaders d'opinion des secteurs public, privé et associatif se réunissent pour discuter d’actions fondées sur des valeurs communes. PMI est particulièrement heureux de participer aux discussions, avec une histoire qui semble positive à première vue. Mais l’est-elle vraiment ?

Les compagnies de tabac ont été responsables de 100 millions de décès dans le monde au XXe siècle : un chiffre stupéfiant. Pour le XXIe siècle, nous risquons d'arriver à un milliard de décès dus au tabac dans le monde. L'industrie du tabac est une industrie qui crée des problèmes gigantesques, non seulement en termes de santé, mais aussi en termes de travail des enfants, de déforestation, de pollution due aux mégots de cigarettes, etc.

"Tobacco Harm Reduction" (THR ou la Réduction des Risques en matière de tabagisme), une nouvelle approche qui est utilisée avec enthousiasme par PMI, a été initialement lancée par de petits fabricants de cigarettes électroniques et encouragée par des vapoteurs bien organisés. Mais aujourd'hui, ce sont les quatre grandes compagnies internationales de tabac qui prennent la tête d'une stratégie de THR et qui promeuvent des alternatives "saines" à la cigarette. Inimaginable !

Jamais auparavant dans l'histoire, il n'est arrivé que les entreprises qui fournissent les solutions pour la réduction des risques soient en même temps les entreprises qui ont créé le problème. Les fabricants qui ont engendré des dépendances à l'héroïne ne sont pas les fabricants de méthadone (produit de substitution en vue d’un sevrage, disponible sur prescription d'un médecin). Les fabricants de préservatifs, importants dans le cadre de la prévention du sida, n'ont eu aucune part de responsabilité dans la propagation de cette maladie. La situation est toute autre pour les compagnies de tabac : elles sont du côté de ceux qui causent les problèmes et osent ensuite se présenter comme ceux qui les résolvent.

PMI se présente comme un ardent défenseur d'un "monde sans tabac". Durant 12 ans, la société investira dans la "Fondation pour un monde sans fumée", créée sous la forme d'un fonds de recherche pour un total de 1 milliard de dollars US . Cependant, elle n’est absolument pas crédible sur cette affirmation d'un "monde sans tabac", et ce, pour les raisons suivantes :

  • L’entreprise continue à prospecter de nouveaux marchés pour la cigarette "combustible" classique, notamment en Asie et en Afrique.
  • L’entreprise continue à mener des campagnes publicitaires pour des cigarettes "combustibles" là où les gouvernements ne l'ont pas encore interdit. 
  • La proposition selon laquelle l'entreprise finira par cesser de vendre la cigarette "combustible" est très peu contraignante. Il n'existe pas de "calendrier" pour l'arrêt total des ventes, où que ce soit dans le monde. Dans la nouvelle communication à l'occasion de l'événement des Nations Unies, il n'est question de la fin de la cigarette que dans un certain nombre de pays.

L'objectif, ou le programme sous-jacent, est clairement de maintenir une transition douce et un modèle commercial basé sur la dépendance. Leurs nouveaux produits de tabac à chauffer, où le tabac est chauffé mais ne brûle plus, s'inscrivent clairement dans cette démarche. Il convient également de noter que les alternatives prétendument saines à la cigarette, dont ils font maintenant la promotion à l'échelle internationale, leur procurent des marges bénéficiaires plus élevées encore que les ventes de cigarettes traditionnelles. La question de la taxation de ces nouveaux produits est donc certainement un problème, car jusqu'à présent, ces nouveaux produits du tabac sont passés à travers les mailles du filet de la taxation.

La Fondation contre le Cancer continuera certainement à interpeller les politiques en mettant ce sujet à l’agenda politique!