Les terrains de foot synthétiques sont-ils vraiment dangereux ? | Fondation contre le Cancer

Les terrains de foot synthétiques sont-ils vraiment dangereux ?

FootballMercredi, 7 Décembre 2016

Récemment, certains médias ont attiré l’attention sur plusieurs cas de cancers chez les jeunes enfants jouant au football. Ainsi, aux Pays-Bas, en Grande-Bretagne et aux États-Unis, les terrains synthétiques sont au cœur d’un vaste débat. En cause ? Les billes de caoutchouc qui densifient la surface du terrain. Elles sont accusées d’être à l’origine de certains cancers.

Commentaire de la Fondation contre le Cancer

Comme l’explique le Pr Alfred Bernard, toxicologue à l’UCL, il existe de très nombreuses substances cancérogènes. Ce qui importe surtout, ce ne sont pas tant les propriétés cancérogènes de ces substances, mais bien le risque qu’elles comportent. Or, ce risque est lié à l’exposition.

Billes de caoutchouc cancérogènes ?

Ces petites billes sont faites à partir de vieux pneus recyclés. Elles contiennent en effet de nombreuses substances potentiellement cancérogènes, comme le MTB, le benzopyrène, du noir de carbone, etc. 

Absorption cutanée : risque quasiment nul

On invoque ici un contact de ces microbilles avec la peau. « Le risque d’absorption de ces microbilles par la peau me semble extrêmement faible, pour ne pas dire nul », commente le Pr Bernard. « Dès lors, même dans l’hypothèse d’une blessure, celle-ci est nettoyée rapidement, et donc, l’absorption est quasi nulle. »
« Et dans l’hypothèse où il y aurait une absorption significative via la peau, le type de cancer n’est pas compatible avec une absorption cutanée. En effet, quand on parle de leucémie, on invoque plutôt le benzène. Or, ici, il n’y a pour ainsi dire pas de benzène dans ces microbilles », poursuit le toxicologue.

Absorption par inhalation : également peu probable

L’autre voie d’absorption invoquée est l’inhalation. « Dans ce cas, ces microbilles ne me semblent pas suffisamment fines pour atteindre le poumon en profondeur et être absorbées. Et dans l’hypothèse où ce risque d’inhalation existerait néanmoins, on serait plutôt face à un risque de cancer du poumon », relève le Pr Bernard.

Pas de chiffres de référence

« L’article paru récemment dans le journal La Dernière Heure évoque une trentaine de cas de leucémie chez des enfants pratiquant le football. Mais nous n’avons pas de chiffres de référence », fait remarquer le Pr Bernard. « Combien d’enfants jouent au football ? Par ailleurs, il faudrait aussi connaître le lien entre le nombre d’années de la pratique sportive et la survenue du cancer ».

Risque inférieur à la pollution atmosphérique

Pour l’expert, le risque semble donc extrêmement faible, et si risque il y a, il le qualifierait même d’inférieur à celui de la pollution atmosphérique auquel tout enfant qui joue au football est plus exposé en termes de temps que les quelques heures passées sur le terrain de football.

Etude en cours

Enfin, l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA), les États-Unis et la Fifa mènent pour l’instant une étude visant à évaluer les risques réels de ces microbilles pour la santé. Les résultats sont attendus pour février 2017. “S’il devait toutefois ressortir de l’étude menée par l’ECHA que l’utilisation de ces granulés de caoutchouc représente un risque pour la santé, les règles seront alors renforcées.”, précise le Cabinet de la ministre de la Santé publique, Maggie De Block.

Source : La Dernière Heure, 31/10/2016 : « Cancer : une étude sur la dangerosité des terrains synthétiques »