L'industrie du tabac : un désastre pour la santé publique, et pour notre environnement

10 ans d'interdiction de fumer dans l'HorecaMardi, 31 Mai 2022

Les conséquences du tabagisme (actif et passif) sur la santé sont bien documentées.  Le tabagisme tue plus de 8 millions de personnes chaque année à l’échelle mondiale et pourtant, en 2019, 1,13 milliard de personnes dans le monde fument et le nombre de fumeurs continue d'augmenter. Alors que Corona a quant à lui tué plus de 6 millions de personnes dans le monde au cours des deux dernières années, la pandémie du tabac perdure depuis des décennies entrainant une multitude de victimes.

L'industrie du tabac non seulement fabrique et commercialise le produit de consommation le plus mortel de tous les temps mais sa production et sa consommation sont une catastrophe pour l'environnement. L'Organisation mondiale de la santé (OMS) a précisément choisi de placer, cette année, la Journée mondiale sans tabac sous le thème "Le tabac : une menace pour notre environnement". L'OMS souligne que l'industrie du tabac abat chaque année 600 000 000 d'arbres pour produire 6 000 milliards de cigarettes, rejette 84 000 000 de tonnes de CO2 dans l'air et consomme pas moins de 22 litres d'eau, années après années.

L'OMS souhaite sensibiliser le public aux effets négatifs du tabac sur l'environnement. Elle veut prévenir les dommages environnementaux causés par le tabac et demander à l'industrie du tabac de rendre des comptes sur cette catastrophe environnementale mondiale. Car jusqu'à présent, ce ne sont pas les producteurs de tabac qui paient pour les coûts sanitaires et environnementaux qu'ils occasionnent car ce double coût est supporté par la société et pris en charge par chacun d'entre nous.

Les producteurs de tabac deviennent financièrement responsables des déchets qu’ils produisent

On considère à tort que les filtres de cigarettes sont constitués de coton ou de papier qui se décomposent dans la nature. Cette idée fausse doit être dissipée, car les mégots de cigarettes sont en grande partie constitués de plastique (acétate de cellulose), ou de nombreux toxiques cancérogènes persistent après utilisation. Leur impact sur l’environnement est énorme. Dans le monde, chaque année pas moins de 4,5 milliards de mégots de cigarettes finissent dans la nature. Les mégots ci décomposent souvent en microplastiques et finissent dans les océans via les voies navigables. L'industrie du tabac établit une fois de plus un record : les mégots sont la fraction de détritus la plus courante dans le monde.

Sur la base du principe du "pollueur-payeur", l'Union européenne a adopté en 2019 une directive pour s'attaquer au problème des plastiques à usage unique : la directive sur les plastiques à usage unique (SUP), qui inclut les mégots de cigarettes. À partir de janvier 2023, les fabricants de tabac deviendront responsables de leur part des déchets sauvages et devront prendre en charge financièrement la collecte, le transport et le traitement des mégots de cigarettes, ainsi que le financement de campagnes de sensibilisation.

L'industrie du tabac doit payer mais ne doit pas décider

Par cette directive, la responsabilité élargie du producteur (REP) s'applique à différents secteurs produisant les plastiques mais l'industrie du tabac, avec son produit de consommation le plus mortel de tous les temps, est un cas particulier. En effet, 180 pays, dont la Belgique, ont ratifié une Convention-cadre contraignante de l'OMS pour la lutte antitabac (CCLAT). Un article spécifique de cette convention engage les signataires à ne pas permettre à l'industrie du tabac d'influencer les politiques publiques.

Nous devons donc à tout prix veiller à ce que l'industrie du tabac n’influence pas les décisions en matière de contrôle du tabac, de ses déchets et du contenu des campagnes publiques. Malheureusement, c'est déjà le cas en France, où ALCOME - l'éco-organisme regroupant tous les producteurs de tabac - gère et communique sur le problème des déchets du tabac. ALCOME a déjà signé des contrats avec des dizaines de collectivités locales et renvoie la responsabilité de l'impact environnemental sur les fumeurs : une manière astucieuse de faire baisser la facture !

L'Alliance pour une Société sans Tabac appelle les autorités belges à faire mieux que nos voisins Français.  Conformément au droit international, l'industrie devrait payer autant que possible, sans avoir la possibilité de déterminer la mise en œuvre des politiques et de la communication.

Ces dernières devrait être réservée à des organismes commercialement indépendants.

À propos de l’Alliance pour une Société sans Tabac: 

L'Alliance pour une Société sans Tabac est financée par la Fondation contre le Cancer et Kom op tegen Kanker et a été créée avec les organisations suivantes : la Ligue Cardiologique Belge, le Fonds des affections respiratoires (FARES), le Service d'étude et de prévention du tabagisme (SEPT), l'Observatoire de la santé du Hainaut, du Vlaams Instituut Gezond Leven, de la Vlaamse Vereniging voor Respiratoire Gezondheidszorg en Tuberculosebestrijding et du Gezinsbond,. L'Alliance pour une société sans tabac vise à mettre en place un plan antitabac cohérent et ambitieux consistant en un ensemble complet de mesures destinées à empêcher les enfants de commencer à fumer et de devenir dépendants de la nicotine, et à mieux aider les fumeurs à se défaire de leur dépendance. Plus de 150 organisations de santé, d'associations médicales, de municipalités, d'organisations et d'entreprises ont signé une charte par laquelle elles s'engagent à œuvrer, avec leurs membres, en faveur d'une génération sans tabac.