L’interdiction de fumer dans tous les établissements horeca est déjà en vigueur depuis 10 ans en Belgique

10 ans d'interdiction de fumer dans l'HorecaLundi, 5 Juillet 2021

Une carte blanche de Suzanne Gabriels, experte en prévention du tabagisme pour la Fondation contre le Cancer



Depuis le 1er juillet 2011, il est interdit de fumer dans tous les établissements horeca de notre pays. Le chemin pour y arriver a été semé d’embûches mais depuis 10 ans, le tabac est définitivement banni des cafés. La loi prévoit deux exceptions à cette règle : fumer est toujours autorisé dans les fumoirs, les salles réservées aux fumeurs, et en terrasse, à condition que celle-ci soit complètement ouverte sur un côté au moins. 

Tout comme en Irlande, le premier État membre de l’UE à avoir fait des pubs des lieux non-fumeurs, cette interdiction a provoqué chez nous une levée de boucliers. Des enquêtes, réalisées avant et après son entrée en vigueur, ont toutefois montré que la population était ravie de cette mesure. D’aucuns pensaient que les adeptes de la cigarette fumeraient davantage à la maison et à l’intérieur, mais cette crainte s’est révélée non fondée. Et c’est même le contraire qui s’est produit : on fume moins à la maison et le nombre de fumeurs a continué de baisser dans les années qui ont suivi. Le message des autorités – protéger le personnel horeca des dangers du tabagisme passif – a donc vraiment porté ses fruits, et à de nombreux niveaux.   

L’interdiction de fumer dans les établissements horeca remonte à 2008 aux Pays-Bas. Une action en justice a mis fin en 2019 à l’exception prévue pour les fumoirs. Les arguments étaient d’une part la pression sociale susceptible d’inciter des non-fumeurs à rejoindre les fumeurs dans ces salles, et d’autre part, le fait que la fumée s’en échappe, exposant le personnel au tabagisme passif, y compris au moment du nettoyage de ces salles.      

Cette année, quelques « councils » britanniques ont commencé à imposer la règle des terrasses sans tabac. En raison de la crise sanitaire du COVID-19, seules les terrasses des cafés et restaurants pouvaient encore accueillir des clients. Pour donner au secteur horeca un maximum de chances de survivre à la crise, des licences supplémentaires autorisant les établissements à empiéter sur l’espace public ont été octroyées. Cinq « councils » en ont profité pour étendre dans la foulée l’interdiction de fumer aux terrasses. 

Selon l’enquête Tabac 2020 de la Fondation contre le Cancer,  58 % des Belges étaient en faveur des terrasses sans tabac en septembre 2020. Les non-fumeurs (75 %) sont les plus convaincus de l’utilité de cette mesure, et la majorité (57 %) des ex-fumeurs y est également favorable. Et alors qu’on s’attendait à ce que les fumeurs y soient opposés, plus d’1 sur 3 (34 %) salue cette mesure.

Notre société continuera d’évoluer et les zones non-fumeurs seront de plus en plus nombreuses, que cette évolution soit volontaire ou imposée par la loi. La Fondation contre le Cancer appelle dès à présent à anticiper les choses. Nous demandons donc aux fumeurs et aux exploitants du secteur horeca de se préparer à ce qui arrivera forcément un jour où l’autre. Quant à notre ministre de la santé publique, nous l’invitons à soutenir davantage l’aide au sevrage tabagique, surtout dans la mesure où il envisage d’imposer des interdictions légales. 

Aux fumeurs – le premier groupe – nous adressons le message suivant : votre avenir de fumeur risque d’être compliqué, mieux vaut donc arrêter aujourd’hui ou demain que l’année prochaine. Tabacstop, notre ligne gratuite d’aide au sevrage tabagique, peut vous aider à vous débarrasser de votre assuétude et à retrouver ainsi la liberté. 

Ensuite, nous aimerions attirer l’attention du deuxième groupe, celui des exploitants d’établissements horeca, sur le fait que les non-fumeurs sont largement majoritaires dans notre société (4 sur 5) et qu’ils représentent la toute grande majorité de leur clientèle. Notre message est donc le suivant : « Optez pour les terrasses sans tabac ». 

Notre dernier appel s’adresse au ministre Vandenbroucke. Une des ambitions de l’accord gouvernemental est de créer une génération sans tabac, ce qui témoigne déjà d’un choix politique. Réaliser cet objectif passera, tôt ou tard, par l’élargissement de l’interdiction de fumer aux terrasses en plein air. La crise sanitaire du COVID-19 a clairement mis en avant les limites de la solidarité de notre système de soins de santé. Les autorités, même ceux de signature libérale, sont de plus en plus impliqués dans la vie de tous les citoyens. Le port obligatoire du masque a déjà mis à mal les occasions pour un fumeur d’allumer sa cigarette, même à l’extérieur, et les nouvelles interdictions qui s’annoncent limiteront encore davantage cette « liberté ». Il est donc grand temps d’assurer le remboursement des substituts nicotiques (tels que les « patchs » nicotine– ou les gommes) comme aide au sevrage tabagique. Une telle mesure aidera les fumeurs dans les zones sans tabac et augmentera leurs chances d’arrêter définitivement la cigarette.