Le réel problème vient plutôt des grandes marques ayant pignon sur rue dont les produits passent dans l’illégalité et la contrebande

Opinion : Comment l’industrie du tabac répand des « fake news » et prépare son offensive contre les paquets neutres

Neutraal sigarettenpakjeVendredi, 5 Juillet 2019

Certains médias laissent entendre que les cigarettes contrefaites représentent un problème majeur et que l’introduction des paquets neutres ne fera que l’aggraver. Info ou infox ?

Chaque année, l’industrie du tabac commande au cabinet d’audit KPMG une étude en vue d’évaluer le marché illégal des cigarettes au sein de l’Union européenne. L’étude commandée cette année par Philip Morris International (PMI) repose sur un contrat tenu secret. Et c’est justement là que le bât blesse : seuls PMI et KPMG en connaissent la teneur. Des critiques s’élèvent depuis des années déjà à l’encontre de ces méthodes qui mettent, à juste titre, la fiabilité de telles études en doute. Pourtant, tant l’industrie du tabac que KPMG s’obstinent à faire fi des demandes de transparence. Ces news sur le commerce illégal font couler beaucoup d’encre chaque année et nous voyons en ce moment fleurir de nouveaux articles dans les médias. La stratégie est toujours la même : tirer la sonnette d’alarme auprès du gouvernement quant aux millions d’euros de perte en droits d’accise, que ce soit en raison d’une majoration des taxes ou des paquets neutres qui augmenteraient la contrefaçon.

Le dernier rapport de KPMG indique que 9 milliards de cigarettes auraient été vendues en Belgique l’an dernier - dont 500 millions illégalement. Sur ces ventes illégales, 40 millions de cigarettes seulement proviennent de la contrefaçon. Les 460 millions de cigarettes restantes sont produites par l’industrie légale du tabac. Le titre — « Une cigarette sur vingt est contrefaite » — paru dans la presse suite au rapport de KPMG est un exemple d’infox : il est correct de dire qu’une cigarette sur vingt est illégale, mais pas qu’une cigarette sur vingt est contrefaite. La contrefaçon ne concerne en réalité qu’une seule cigarette sur deux cents. S’il est une chose que démontre le rapport de KPMG, c’est justement que la problématique des cigarettes contrefaites est minime en Belgique. Le réel problème vient plutôt des grandes marques ayant pignon sur rue dont les produits passent dans l’illégalité et la contrebande. Selon le rapport, les 4 marques de cigarettes les plus concernées par ce phénomène sont Marlboro, Pall Mall, L&M et Kent.

Les articles de presse traitant de l’étude de KPMG vont encore plus loin : « Les emballages de cigarettes neutres seront d’application dès l’an prochain. Le secteur du tabac craint depuis longtemps que cette mesure renforce le commerce illégal, car il n’en deviendra que plus facile de contrefaire les emballages. Précisons toutefois que l’Union européenne prévoira des dispositifs anti-contrefaçon dans les paquets. » Voilà donc le véritable objectif du rapport : jeter le discrédit sur les paquets neutres. Or, les nouveaux dispositifs anti-contrefaçon européens qui entrent en vigueur cette année rendront la contrefaçon plus difficile et permettront de tracer plus efficacement les cigarettes contrefaites. Tout le contraire des informations que fait circuler l’industrie du tabac !

Certains médias sont-ils tombés dans le piège ? Nous n’avons aucune certitude quant à la fiabilité de la méthode utilisée par KPMG pour son étude. Par contre, nous savons pertinemment qu’un titre de presse a amplifié à tort le problème de la contrefaçon. Tout comme nous savons que les nouveaux dispositifs anti-contrefaçon imposés par l’Europe brideront le problème. Il n’y a pas lieu de craindre une intensification de la contrebande induite par l’introduction des paquets neutres. Craignons plutôt la facilité avec laquelle ces « fake news » se retrouvent dans la presse.

Luk Joossens, Auteur du livre « De Tabakslobby in België » aux éditions EPO

Suzanne Gabriels, experte Prévention Tabac, Fondation contre le Cancer