"Prescrire la pratique d’une activité physique, un enjeu de santé publique": la carte blanche de politiques, mutualistes et académiques | Fondation contre le Cancer

"Prescrire la pratique d’une activité physique, un enjeu de santé publique": la carte blanche de politiques, mutualistes et académiques

Prescrire la pratique d’une activité physique, un enjeu de santé publiqueMercredi, 31 Juillet 2019

CONTRIBUTION EXTERNE Publié le jeudi 18 juillet 2019 à 07h20 - Mis à jour le jeudi 18 juillet 2019 à 07h29

La Libre Belgique – L’intérêt thérapeutique et préventif d’une activité physique adaptée et régulière est reconnu. En prescrire la pratique puis la maintenir dans la durée s’avèrent fondamentaux pour accompagner les patients à quitter la sédentarité et gérer de façon efficiente l’explosion des maladies chroniques.

Une opinion collective: politiques de tous les partis, associations de malades chroniques, académiques et chercheurs de toutes les universités, mutualistes, médecins professionnels de l'activité physique adaptée (voir la liste en bas d'article).

Le constat est sans appel : selon le dernier rapport d’information 2018 publié conjointement par l’OMS et la Commission européenne, les deux tiers des Belges ne pratiquent pas suffisamment une activité physique régulière. De plus, une récente enquête (1) démontre que plus de la moitié des employés et ouvriers belges sont en surpoids et près d’un travailleur sur cinq est en situation d’obésité.

Effets physiques et mentaux connus

En termes de santé publique, les conséquences de la sédentarité sont connues : augmentation du risque de diabète et d’accidents cardio-vasculaires, terrain propice aux lombalgies et troubles de l’appareil locomoteur, burn-out, maladies chroniques… Par ailleurs, les effets d’une activité physique régulière, même modérée, ne sont plus à démontrer.

En prévention, l’activité physique permet de réguler la glycémie (taux de sucre dans le sang), contribue à éviter le risque de diabète de type 2 chez une personne pré-diabétique et peut même rendre cette pathologie réversible. Est également observée une meilleure régulation de la sensation de faim - avec pour conséquence le fait de moins manger - et de la tension artérielle, sans parler de la prévention du stress, des maladies cardio-vasculaires, de nombreux types de cancers, des pathologies du système locomoteur, et des bénéfices en santé mentale, sur les troubles du sommeil, le syndrome dépressif, l’anxiété, etc.

On connaît aussi les effets bénéfiques de l’activité physique adaptée ou APA (2) couplée aux traitements médicamenteux, que ce soit à l’égard des personnes atteintes de la maladie de Parkinson, des patients souffrant d’un cancer, de douleur chronique (arthrose, problèmes de dos) ou ayant subi une intervention chirurgicale. Par exemple, dans le champ du diabète, l’activité physique (5 fois/sem 30 minutes au moins) fait partie des recommandations thérapeutiques des sociétés savantes américaines et européennes.

Citons également que l’activité physique est associée au ralentissement de la progression de certaines maladies dégénératives, comme Alzheimer, Parkinson, la sclérose en plaques, ou encore à l’atténuation d’effets secondaires liés à certains traitements oncologiques. Dans l’arthrose, elle réduit la douleur et améliore la fonction des articulations. Elle contribue également à réduire la consommation d’anti-inflammatoires non stéroïdiens et d’antalgiques dont les effets secondaires sont sévères.

Un traitement à part entière

Fortes des nombreuses études scientifiques sur le sujet, les initiatives assurant la promotion d’une APA se multiplient. Aussi bien du côté des associations de patients, des associations d’APA, des associations de personnes âgées, que des mutualités et, plus récemment, de plusieurs communes. Les acteurs politiques ont également assuré leur soutien via l’adoption au Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles d’une résolution qui recueillit l’unanimité.

Cependant, force est de constater que des freins existent. Ils tiennent dans l’essence même de la pratique d’une activité physique régulière dont le principal acteur reste le patient. Un patient qu’il convient souvent de sortir d’un mode de vie sédentaire. Pour beaucoup, ce changement d’habitude représente un véritable challenge. La plupart des acteurs encadrant ces patients estiment que le rôle du médecin généraliste n’est pas encore suffisamment valorisé. Si bon nombre de médecins ont pris conscience de l’intérêt thérapeutique et préventif de l’activité physique, la prescription de l’APA reste encore à optimiser.

Certes, des débats existent sur l’opportunité sémantique du mot "sport" dans l’expression "sport sur ordonnance", sur la signification d’une activité physique régulière, sur son adaptation au profil du patient, sur les types de bilan - ou pas - à effectuer, sur les profils professionnels des personnes prenant en charge les patients. Mais une chose est certaine, la parole du médecin reste forte et déterminante lorsque le message thérapeutique s’inscrit dans la prévention secondaire à l’intention d’un patient peu ou pas physiquement actif. Une recommandation orale est judicieuse mais souvent insuffisante pour l’amener à bouger et à pratiquer dans la durée une activité physique adaptée à son profil.

Des services se développent, assurés par des associations d’APA ou par des fédérations sportives. Cela suppose un monde médical disposé à agir dans ce sens et ayant la connaissance de ces structures adaptées. Mais celles-ci sont largement méconnues. Cela est dommageable pour les patients qui se voient ainsi privés d’une activité physique régulière.

Citons le cas édifiant des personnes cardiaques : l’activité physique est excellente pour eux. Une vérité unanimement reconnue. Or, trop peu de patients sont encouragés à avoir une pratique physique régulière. Instaurer cette recommandation orale constitue déjà une avancée réelle.

Prescription et long terme

Mais il y a mieux encore : l’ordonnance ! De la recommandation à la prescription, il n’y a qu’un pas que certains médecins ont déjà franchi. Avec succès. Car le fait de prescrire, noir sur blanc, la pratique d’une activité physique régulière représente un geste sérieux dès lors qu’il est posé par une autorité médicale reconnue et acceptée par le patient. Ce geste est une composante déterminante d’un changement de comportement.

Le médecin traitant a donc une place essentielle dans cette stratégie visant à intégrer l’activité physique dans le quotidien du patient. L’enjeu sera ensuite de maintenir une pratique régulière et à long terme de celle-ci. C’est là qu’interviennent des professionnels qui, tenant compte des limitations et du contexte de vie des patients, vont adapter l’activité physique afin de garantir une motivation et des bienfaits dans la durée.

En Europe, plusieurs initiatives émergent. La France notamment, qui revoit actuellement sa première législation sur le sport sur ordonnance afin de la rendre plus opérationnelle. En Belgique, à l’exception de quelques communes qui ont développé le sport sur ordonnance (3) et d’autres qui soutiennent activement l’APA (4), ces initiatives relèvent encore trop souvent du niveau local et ne touchent qu’une partie trop restreinte de la population. Sans coordination entre les acteurs impliqués, Inami, mutuelles, milieux médical, paramédical, associatif et APA/sportif, et sans cadre législatif, le modèle peinera à s’étendre.

Un investissement durable

Chez nous, pour la première fois, des projets pilotes initiés par la ministre actuelle de la Santé et s’adressant à des patients touchés par certaines maladies chroniques inscrivent l’activité physique dans leur trajet de soins. Nous plaidons pour que les prochains gouvernements, tant fédéral que régionaux et communautaires, prennent toute la mesure de ces constats et inscrivent à leur programme la pratique régulière d’une activité physique comme un enjeu de santé publique. Nous souhaitons qu’ils mobilisent davantage aussi bien les acteurs de la santé que ceux du sport à cet effet, et ce, dès le plus jeune âge. À l’heure où notre sécurité sociale doit absorber des coûts faramineux liés à la gestion des maladies chroniques, cette évolution représenterait un investissement durable et efficient pour le bien-être de toute la population.

(1) Menée par IDEWE, septembre 2018

(2) L’activité physique adaptée, ou APA, correspond à un ensemble de pratiques corporelles dont le but est l’amélioration de la santé des personnes malades, en situation de handicap ou vieillissantes.

(3) Saint Hubert, Chaudfontaine, Ottignies Louvain-la-Neuve, Frasnes-lez-Anvaing.

(4) Notamment Nivelles, Chapelle-lez-Herlaimont, Anderlecht, Aywaille, Wavre, Mouscron, Woluwe-St-Lambert, Namur, Hastières, Seneffe, Chimay…

Les signataires

Jean Hermesse , Secrétaire général de la Mutualité chrétienne ; Jean-Pascal Labille, Secrétaire général de l’Union nationale des mutualités socialistes (Solidaris) ; Xavier Brenez, directeur général de l’Union nationale des Mutualités libres ; Pr. Jean Neve, ULB, président du Conseil supérieur de la santé ; Guy Verbeke, président de l’Association des cardiaques sportifs ; Dr Anne Boucquiau, directrice à la Fondation contre le Cancer ; Pr. Martin Buysschaert, past Président de l’Association belge du diabète ; Dr Gianni Franco, neurologue et Daphné Thirifay, respectivement président et coordinatrice-responsable président de l’Association Parkinson ASBL ; Marc Dufour et Coralie Titti, respectivement directeur de la Ligue belge de la sclérose en plaques et coordinatrice de Move SEP ; Sabine Henry, présidente de la Ligue Alzheimer ; Yves Henrotin, président de la Fondation Arthrose ; Sandrine Daoud, directrice générale à la Ligue cardiologique belge ; Pr. Marc Francaux, pro-recteur UCLouvain ; Dr Alexandre Mouton, ULiège/sciences de la motricité et vice-président Sport-sur-Ordonnance ASBL ; Pr. Thierry Zintz, UCLouvain/sciences de la motricité et past vice-président du Comité interfédéral olympique belge ; Stéphane Baudry, Margot Klaas et Vitalie Faoro, ULB/sciences de la motricité ; Dr Olivier Bouquiaux, neurologue, Fityourmind et Kinesiphilia ; Dr Raymond Kacenelenbogen, cardiologue, réadaptation cardiaque au CHU Saint-Pierre ; Pr. JF Kaux, ULiège, médecine physique, réadaptation et traumatologie du sport au CHU de Liège, SportS2 ; Pr. Christian Brohet, chef de service hr. de cardiologie des Cliniques universitaires de Saint-Luc ; Dr Gilles Caty, médecin de médecine physique, Saint Luc ; Michel Demarteau, santé publique, directeur en chef de l’Observatoire de la Santé du Hainaut ; Jérémy Lorie, coordinateur de GymSANA ASBL ; Benoît Massart, président Sport-sur-Ordonnance ASBL ; Andrée Dohmen, présidente d’énéoSport ; Christophe Deramaix, directeur à la Fédération Multisports Adaptés (FéMA) ; Jean-Luc Crucke (MR), bourgmestre de Frasnes-Lez-Anvaing ; Nadia El Yousfi, députée (PS) FWB ; Joëlle Maison, députée (Défi) FWB ; Mathilde Vandorpe, députée (CDH) FWB ; Mourad Sahlid, député (PS) Wallonie, past président du CPAS de Chapelle-Lez-Herlaimont ; Matteo Segers, député (Écolo) FWB ; Séverine de Laveleye, députée fédérale (Écolo) et André du Bus, député hr. (CDH) FWB, auteur de la résolution parlementaire visant à assimiler l’activité physique régulière à un outil de santé publique.

Média : Presse écrite – La Libre Belgique

Auteur : Contribution externe