On recherche du courage politique ! Y compris pour mettre fin à l’épidémie de tabagisme

TabacVendredi, 25 Septembre 2020

 

Le tabagisme est la première cause de décès évitable. Pourtant, une personne sur cinq fume encore en Belgique. Mais est-ce un libre choix ? Loin de là ! Fumer est une addiction tenace, et certains facteurs comme la pression sociale contribuent grandement à la prise de la première cigarette, l’installation d’une habitude et l’arrêt tabagique. Et c’est précisément là que le bât blesse. Si en Belgique, le tabac cause encore la mort de 14 000 personnes chaque année, c’est dû à l’absence de courage politique et d’ambition. Pourtant, nous connaissons depuis longtemps les mesures qui s’imposent pour renverser la situation. Nous ne pourrons toutefois mettre un terme à cette épidémie sanitaire que si nos responsables politiques forment rapidement un gouvernement et si les nouveaux ministres osent enfin s’engager en instaurant un ensemble de mesures antitabac radicales.

Une société où plus personne ne souffrira ou ne décédera des conséquences du tabagisme et du tabagisme passif, voilà l’ambition de l’Alliance pour une Société sans Tabac. L’Alliance souhaite créer d’ici 2037 la première génération sans tabac : autrement dit, il faut que les jeunes nés à partir de 2019 restent non-fumeurs jusqu’à leurs 18 ans, pour qu’il y ait 0 % de fumeurs chez les jeunes en 2037. Et nous voulons que d’ici 2037, la population ne compte plus que 5 % de fumeurs maximum. Il va de soi que cela ne se fera pas tout seul. Des objectifs intermédiaires ambitieux doivent être atteints d’ici 2024, mais force est hélas de constater que sur les cinq ans de législature, les politiques ont déjà gaspillé un an et demi.

Il y a néanmoins une bonne nouvelle : dans notre pays, le nombre de fumeurs diminue depuis des années. En 1997, 30 % des Belges fumaient et, aujourd’hui, ils ne sont plus que 19 %. On pourrait penser que c’est bien parti, mais ce n’est qu’une partie de la réalité. Il est alarmant de voir qu’aujourd’hui, l’industrie du tabac parvient toujours à séduire des jeunes et à les rendre dépendants. Et ces 19 % ne correspondent qu’à une moyenne. Dans certains groupes de population, ce pourcentage est bien plus élevé, et se maintient.

Le tabagisme, une cause importante d’inégalités sociales en matière de santé

Le tabagisme est plus fréquent chez les populations peu qualifiées et les personnes à plus faibles revenus que chez les personnes à revenus plus élevés. Chez les 20 % de familles aux revenus les plus faibles, le nombre de fumeurs s’élève encore à 29 % ! La consommation de tabac étant particulièrement nocive pour la santé, la différence de comportement tabagique s’illustre aussi dans les écarts importants des chiffres de morbidité et de mortalité. Ces chiffres classent le tabagisme parmi l’une des causes importantes des inégalités sociales en matière de santé.

Les raisons pour lesquelles les personnes appartenant à un groupe socioéconomique plus défavorisé fument plus sont diverses. Il existe souvent un lien avec des facteurs comme le stress, la pauvreté ou le chômage. Les normes sociales relatives au tabagisme ne sont pas en reste : dans les sphères où fumer est toujours la norme, le risque que les jeunes commencent à fumer et gardent cette habitude est beaucoup plus élevé. Les fumeurs qui veulent en finir avec leur addiction ne sont pas encouragés à arrêter de fumer dans ce type d’environnement. La politique antitabac a jusqu’à présent eu peu d’effet sur ces groupes de fumeurs vulnérables.

Les cigarettes restent trop abordables dans notre pays

La hausse substantielle des accises sur le tabac doit s’inscrire dans un plan antitabac ambitieux, placé au rang de priorité absolue. C’est là la mesure la plus efficace. Des prix plus élevés incitent les fumeurs à arrêter de fumer et constituent un frein dissuasif supplémentaire pour les jeunes et les non-fumeurs. Les fumeurs des groupes vulnérables sont en outre extrêmement sensibles aux augmentations de prix. Ce sont ceux qui, comparativement, modifient le plus leur comportement à la suite d’une hausse des prix.

Une forte hausse des taxes peut non seulement contribuer à réduire les inégalités sociales en matière de santé, mais aussi permettre de réaliser des économies importantes dans les frais médicaux et augmenter les recettes fiscales.

Nos pays voisins font preuve d’ambition dans ce domaine. Au printemps, les Pays-Bas ont augmenté d’un coup l’accise sur le tabac de 1 € par paquet. En France, un paquet coûte actuellement 10 € (6,80 € seulement chez nous !), et le Royaume-Uni va encore plus loin avec un prix d’environ 13 €.

Urgence d’une approche ciblée et audacieuse

L’Alliance exhorte les responsables politiques à former rapidement un gouvernement, qui pourra prendre ensuite des mesures radicales. Parallèlement à la hausse des taxes sur le tabac, les groupes de fumeurs vulnérables doivent recevoir la possibilité de combattre leur addiction de manière abordable. Les augmentations des accises doivent donc s’accompagner de la mise à disposition d’une aide à l’arrêt tabagique de qualité et très accessible.

Bien entendu, il faut également prendre d’autres mesures, comme l’interdiction d’exposer des produits du tabac ou la réduction draconienne du nombre de points de vente. Sachant que le tabac est le produit de consommation le plus mortel qui ait jamais existé, comment peut-on justifier qu’il reste en vente en toute légalité à chaque coin de rue ou presque ? Nous comptons sur nos responsables politiques pour endiguer l’épidémie de tabagisme. Bien loin du paternalisme, faisons preuve de bonne gouvernance... si tant est qu’il soit possible de gouverner tout court.

Suzanne Gabriels                           Fondation contre le Cancer                                                                 
Danielle van Kalmthout                Alliance pour une Société sans Tabac                                               
Caroline Rasson                             Fonds des affections respiratoires (FARES)                           
François Dekeyser                         Service d’Etude et de Prévention du Tabagisme (SEPT)           
Pierre Bizel                                     Observatoire de la Santé du Hainaut (OSH)             
Hedwig Verhaegen                        Kom op tegen Kanker                                                            
Sandrine Daoud                             Ligue Cardiologique Belge                                       
Stefaan Hendrickx                         Vlaams Instituut Gezond Leven 
Meike Pappens                              Vlaamse Vereniging voor Respiratoire Gezondheidszorg en Tuberculosebestrijding
Lieve Declerck                                Gezinsbond

L’Alliance pour une Société sans Tabac est une initiative de la Fondation contre le Cancer, Kom op tegen Kanker, de la Ligue Cardiologique Belge, du Fonds des affections respiratoires, du Service d’Étude et de Prévention du Tabagisme, de l’Observatoire de la Santé du Hainaut, du Vlaams Instituut Gezond Leven, de la Vlaamse Vereniging voor Respiratoire Gezondheidszorg en Tuberculosebestrijding et du Gezinsbond. L’Alliance pour une Société sans Tabac souhaite que le prochain gouvernement adopte un ensemble cohérent de mesures. Ces mesures visent à préserver les enfants d’un premier contact avec le tabac pour prévenir leur addiction tabagique et à mieux aider les fumeurs dans leur sevrage. Des dizaines d’associations médicales et d’organisations actives dans le domaine de la santé ont signé une charte à travers laquelle elles s’engagent, en collaboration avec leurs membres, à faire de la première génération sans tabac une réalité.