Talc et cancer de l’ovaire : les craintes sont-elles justifiées ?

demaquillageVendredi, 3 Juin 2016

Récemment, le site internet de l’American Cancer Society revenait sur le lien éventuel entre la poudre de talc et le cancer de l’ovaire partant de l’hypothèse que les particules de poudre appliquées sur les parties génitales pourraient traverser le vagin, l’utérus, les trompes de Fallope pour finalement arriver aux ovaires.

Selon le site internet en question, les études auraient débouché sur des conclusions non homogènes. Certaines études cas / contrôle auraient toutefois mis en évidence une faible augmentation du risque de cancer de l’ovaire. Mais ce genre d’études dites rétrospectives peuvent être biaisées parce qu’elles reposent souvent sur la seule mémoire des femmes qui ont utilisé du talc il y a très longtemps.

Source : http://www.cancer.org/cancer/cancercauses/othercarcinogens/athome/talcum...

Commentaire de la Fondation contre le Cancer

Mécanismes physiopathologiques flous

Tout d’abord, selon le Dr Mathieu Luyckx, gynécologue-oncologue aux Cliniques universitaires Saint-Luc à Bruxelles, les mécanismes physiopathologiques potentiels restent incertains et flous. « Cette suspicion d'association entre talc et cancer ovarien se base sur des grandes études de cohorte rétrospectives, mais pas sur des mécanismes physiopathologiques qui restent  quelque peu obscurs. Une des explications serait que le talc passerait à travers les trompes de Fallope des jeunes filles et irait se déposer sur les ovaires. Mais on n’a aucune preuve que cette hypothèse soit plausible ».

Pas d’homogénéité dans les études

« Par ailleurs, il existe des études prospectives qui n’ont pas du tout mis en évidence cette association entre l’utilisation de talc et le développement d’un cancer de l’ovaire. Qui plus est, souvent, les études en question n’étaient pas dédiées à l’étude de ce lien.  Il s’agissait d’analyses de sous-populations qui avaient été étudiées à d’autres fins », poursuit le Dr Luyckx.

Statistiquement critiquable

Statistiquement, les études réalisées sont très critiquées et critiquables selon le gynécologue. « Certes, il existe un certain nombre d’études indiquant  un risque statistique significatif mais il s’agit d’ études de cohorte qui n’ont pas beaucoup de solidité scientifique, d'autant plus qu’il s'agit d'analyses supplémentaires qui n'étaient pas l'objectif principal de l'étude. Par ailleurs, il faut toujours analyser les statistiques avec un sens critique aiguisé, car on peut leur faire dire beaucoup de choses… »

Agent causal ?

« En outre, comme le rappelle un article récemment paru dans l’European Journal of Cancer Survey, même si l’on a déjà retrouvé une association statistique, cela ne veut pas encore dire que le talc est un agent causal du cancer de l’ovaire », souligne Mathieu Luyckx.

Talc différent

Enfin, toutes ces études concernent des dames qui ont utilisé du talc il y a très longtemps. « Or, le talc d’aujourd’hui est sans doute très différent du talc utilisé dans les années ’50 qui n’était pas aussi purifié qu’aujourd’hui.  Par ailleurs, on peut se demander s’il y a encore beaucoup de gens qui utilisent du talc à l’heure actuelle », lance le gynécologue.

Conclusion

Les études relatives au caractère potentiellement cancérogène du talc n’ont pas abouti à des résultats clairs. Certaines d’entre elles n’ont montré aucun lien, d’autres ont indiqué un faible lien. Plus important encore, la composition du talc a beaucoup évolué ces dernières décennies . Celui  utilisé avant les années ’70 était moins purifié qu’actuellement. Il n’y a donc aucune évidence indiquant que le talc utilisé aujourd’hui puisse induire un cancer. Aucune raison dès lors de s’inquiéter !