Utilisez les profits énormes de l’industrie du tabac pour la santé de la population

Suzanne GabrielsJeudi, 17 Novembre 2022

La vente de cigarettes rapporte des sommes colossales aux géants du tabac. À l’échelle mondiale, en 2018, les 6 principaux cigarettiers ont engrangé un bénéfice incroyablement élevé : 55 milliards de dollars. Plus que ceux dégagés par Coca-Cola, PepsiCo, Nestlé, Mondelez, Fedex, General Mills (avec entre autres Häagen-Dazs), Starbucks, Heineken et Carlsberg réunis.

Les marges bénéficiaires de l’industrie du tabac dépassent ainsi nettement celles de bien d’autres secteurs. En 2021, PMI (Philip Morris International) affichait une marge bénéficiaire opérationnelle de 49,8 % dans l’UE, suivi de près par BAT (British American Tobacco), avec 43,4 % pour la même année. La marge opérationnelle des autres entreprises énumérées ci-dessus était de l’ordre de 15 à 16 % en moyenne.

Les géants du tabac excellent dans l’art d’internaliser les bénéfices et d’externaliser les coûts vers les consommateurs et la société, les obligeant à assumer les frais de santé, mais aussi les coûts environnementaux et ceux liés aux mégots abandonnés.

Il est donc grand temps de s’attaquer à cette situation injuste !

Concernant la problématique des mégots, le transfert de la responsabilité aux producteurs de filtres entrera en vigueur à partir du mois de janvier. Conformément à la directive sur les produits en plastique à usage unique (“ European Single Use of Plastics”), les producteurs de tabac prendront désormais à leur charge une partie des coûts de collecte, d’élimination et de traitement des mégots jetés dans l’espace public.

Pour le financement de la prévention du tabagisme et l’accompagnement au sevrage tabagique, l’Alliance pour une Société sans Tabac demande instamment à nos gouvernements d’instaurer aussi un transfert de la responsabilité.

Car fumer n’est pas un choix de vie. Les fumeurs sont tout sauf libres. Ils souffrent d’une dépendance, le plus souvent depuis leur adolescence. La nicotine a progressivement pris en otage leur cerveau. Les non-fumeurs et l’entourage ont souvent du mal à comprendre comment cette habitude de longue date a fini par devenir un piège pour le fumeur.

Autant de raisons pour miser plus franchement sur la prévention afin de protéger nos jeunes contre la nicotine.

Parallèlement à cela, il faut aussi s’atteler davantage à aider les fumeurs à s’affranchir du tabagisme en ne laissant pas méthodes et outils de "sortie" du tabagisme entre les mains de l’industrie du tabac. Celle-ci a un tout autre agenda : maximiser leurs profits et non pas améliorer la santé publique.

En ces temps d’austérité et d’inflation, alors que les familles, les entreprises et les gouvernements croulent sous les dépenses, nous plaidons en faveur d’une contribution des producteurs de tabac aux dommages qu’ils causent. En effet, ils empêchent les fumeurs de vivre dignement et en bonne santé, augmentent le coût de l’absentéisme lié aux effets du tabac pour les employeurs et surchargent inutilement le système de santé. Il est urgent d’agir davantage à ce niveau et aller chercher l’argent chez ceux qui sont à l’origine du problème. Normal, non ? Selon la dernière "enquête tabac" de la Fondation contre le Cancer, 71 % des Belges sont favorables à cette idée.

Une carte blanche de Suzanne Gabriels, experte en prévention du tabagisme à la Fondation contre le Cancer ;
Pierre Bizel, Observatoire de la Santé du Hainaut ;
Danielle Van Kalmthout, Alliance pour une Société sans Tabac ;
Céline Corman, Service d’Etude et de Prévention du Tabagisme