Y a-t-il un lien entre OGM et cancers ?

Vendredi, 5 Octobre 2012

Le 19 septembre dernier, l’équipe du Professeur Séralini (Université de Caen, France) a publié une étude dans la revue scientifique « Food and Chemical Toxicology » indiquant qu’une consommation d’OGM chez les rats augmenterait les risques de cancers et le taux de mortalité. Qu’en conclure en termes de risque pour la santé publique ?

Sources : Le Soir, 22-09-12 ;Het Belang van Limburg, 22-09-12 ;Morgen, 22-09-12Gazet van Antwerpen, 22-09-12 ; Plus Magazine, 25-09-12.

Commentaire de la Fondation contre le Cancer

En quoi consiste cette étude ?

L’étude en question a porté sur quelques 200 rats nourris pendant deux ans avec du maïs transgénique (NK 603) associé ou non au Roundup, l’herbicide auquel il est rendu tolérant. Les chercheurs ont testé différentes doses de maïs transgénique et d’herbicides et les animaux traités ont été répartis en 9 groupes de 20 rats chacun (3 groupes avec OGM, 3 groupes avec OGM et Roundup, 3 groupes avec Roundup). Ils ont été comparés à un groupe témoin, nourri avec du maïs non transgénique, sans traitement herbicide.

Sur l’ensemble des groupes traités, les différences les plus significatives avec le groupe contrôle sont apparues au bout de 12 mois. Les atteintes les plus fréquemment observées sont des nécroses et congestions du foie, des atteintes rénales et des tumeurs mammaires. Quant à la mortalité, elle a également été accrue dans l’ensemble des groupes traités.

Que conclure de ces données présentées de manière si alarmante ?

Un point positif peut être soulevé d’emblée : l’étude a été menée sur une période relativement longue (2 ans), ce qui est inhabituel dans ce type d’approche … mais fondamental pour mesurer un éventuel impact sanitaire.

Mais ensuite, plusieurs données sèment le doute et la confusion !

Tout d’abord, la publication des résultats de cette étude semble avoir été parfaitement orchestrée sur le plan médiatique : embargo, parution simultanée d’un livre de vulgarisation (Tous cobaye !) et d’un film du même nom. Assez inhabituel pour une publication scientifique, laquelle est agrémentée de photos chocs … tout aussi inhabituelles dans ce type de revue ! Ensuite, plusieurs éléments scientifiques étonnent. Citons-en rapidement quelques uns.

Le choix de l’espèce de rats utilisée dans cette étude pose question car il est connu que les rats de la souche Sprague-Dawley développent spontanément des tumeurs mammaires de manière fréquente. Par ailleurs, chaque groupe d’animaux a été scindé en deux, incluant 10 animaux mâles et dix animaux femelles chacun. Le groupe contrôle, sur lequel se base toutes les comparaisons, ne comporte lui aussi que 20 animaux (10 femelles et 10 mâles). On est dès lors en droit de se demander quelle est la valeur statistique des résultats obtenus sur un échantillonnage aussi faible.

Autre observation interpellante : parmi les 20 rats du groupe contrôle, cinq ont eu des tumeurs et sont morts (25 %). Mais parmi un autre groupe, traité cette fois, le taux de décès chute sous les 25 % ! Il y a donc moins de décès dans le groupe traité que dans le groupe témoin !

Enfin, peu d’information relative à la diète des animaux est fournie mais on peut se poser la question de l’impact d’une alimentation composée pour certains groupes de 33 % de maïs !
Enfin, notons également que les résultats de cette étude ont été obtenus sur des animaux de laboratoire (dans ce cas-ci, des rats) et que d’autres recherches seront nécessaires avant de pouvoir extrapoler ces données aux humains.

Bref de nombreuses questions qui restent jusqu’ici sans réponse !

Il n’en reste pas moins vrai qu’il s’agit là d’un thème de recherche important qui mérite toute l’attention des chercheurs. Il sera donc utile, avant de tirer quelque conclusion que ce soit, de reproduire l’expérience sur un plus grand nombre d’animaux, en y incluant des contrôles supplémentaires et selon une méthodologie revisitée. Différentes instances sanitaires, dont l’Agence Européenne de Sécurité Sanitaire, ont pris l’affaire très au sérieux et leurs experts se penchent sur l’analyse détaillée de l’étude.

S’il est évident qu’il faut être vigilant par rapport à des effets néfastes pour la santé des OGM, les preuves sont à ce jour insuffisantes pour semer la panique. A suivre…

Pour en savoir plus sur les OGM :

http://www.efsa.europa.eu/fr/topics/topic/gmo.htm
http://www.efsa.europa.eu/fr/faqs/faqgmo.htm